EMISSION DU 02/04 - par bourse news Taqa Morocco : Un virage multi-métier pour briser le plafond de croissance


Sur l’année, le groupe a bouclé l’exercice avec un chiffre d’affaires de 10,63 Mds de DH, un EBITDA de 3,2 Mds de DH et un résultat net consolidé de 1,27 Md de DH. Le taux de disponibilité global ressort à 92,1% et le gearing à 38%. Les principaux agrégats s’inscrivent en léger retrait sur un an, mais l’ensemble reste cohérent avec le profil que l’entreprise revendique, à savoir un actif rentable, discipliné et encore fortement générateur de cash.

C’est sur ce socle que Taqa Morocco entend ouvrir un nouveau cycle de développement. Jusqu’ici, le dossier reposait d’abord sur Jorf Lasfar, actif central, rentable et bien identifié par le marché. Le groupe présente maintenant un projet plus large, qui ne se limite plus au thermique et qui s’étend au gaz, aux renouvelables, au dessalement, ainsi qu’aux infrastructures de transport de l’eau et de l’électricité. Les ambitions affichées à l’horizon 2030 donnent la mesure de ce repositionnement avec plus de 8 GW de capacités installées, contre 2 GW actuellement, 900 millions de m³ d’eau dessalée par an, 1,2 milliard de m³ de transfert d’eau et une ligne HVDC de 3 GW. Ces nouveaux relais doivent désormais structurer l’histoire du dossier. Le thermique reste le socle, mais il n’est plus censé être l’unique horizon.

Lors de la conférence, plusieurs briques ont été présentées comme déjà engagées. Sur le gaz, la structure d’acquisition de Tahaddart 1 est arrêtée, l’accord de développement de Tahaddart 2 et 3 a été signé, les études techniques sont réalisées et les réservations de turbines sécurisées. Sur le dessalement, les appels d’offres ont été lancés pour l’Oriental et Tanger, avec un démarrage des travaux attendu en 2026, tandis que les études avancent sur Souss-Massa et Tan-Tan. Le projet de transfert d’eau a franchi l’étape de l’accord de développement et du RFQ, et Boujmil est entré en phase de construction au quatrième trimestre 2025, avec un closing financier attendu au deuxième trimestre 2026.

La filiale de l’émirati Taqa veut montrer qu’elle a déjà commencé à entrer dans la phase d’exécution. Les années 2026 et 2027 ont été présentées comme une période dense, avec à la fois l’avancement des projets gaz, le lancement des stations de dessalement, la montée en charge des renouvelables et les premiers actifs susceptibles d’entrer progressivement en exploitation. Le management a d’ailleurs insisté sur le fait que certains projets commenceront à contribuer à partir de 2027, même si le gros de la création de valeur se jouera sur un cycle plus long de quatre à cinq ans.

Le financement est évidemment l’autre clé de lecture de cette histoire. Le groupe a chiffré à 143 Mds de DH les investissements associés au partenariat stratégique. Le schéma présenté repose sur une architecture classique de project finance, avec environ 25% de fonds propres et 75% de dette sans recours au niveau des projets. Cela représente plus de 110 Mds de DH de dette à mobiliser auprès de bailleurs locaux et internationaux, et autour de 34 Mds de DH en fonds propres à déployer avec les partenaires. Le management nous explique que les consultations ont déjà commencé avec des prêteurs sur certains projets, notamment dans le dessalement et le gaz.

Interrogée sur le futur moteur de rentabilité, la direction n’a pas voulu hiérarchiser brutalement les métiers. Elle a toutefois reconnu que l’éolien représente la plus grosse part de la croissance en capacité, tandis que le dessalement, adossé à une composante renouvelable, offre un modèle économique proche de celui que le groupe exploite déjà. En filigrane, le message est le suivant: la croissance future sera multi-relais. Le thermique continuera à compter, mais il ne portera plus seul la thèse d’investissement.

Au terme de la conférence, Abdelmajid Iraqui Houssaini, président du directoire, a résumé en quelques mots le cap que le groupe veut désormais faire lire au marché. La stabilité du socle historique, le début d’une véritable histoire de croissance, et la sortie progressive d’un modèle centré sur un actif unique.

 

Y. Seddik