EMISSION DU 20/04 - par Chronique Hebdo. Un rebond aux airs de déjà-vu

Avec une quatrième semaine consécutive de hausse, le MASI a retrouvé ses niveaux de mi-janvier. L’indice gagne 4,29% sur la semaine, à 19.238 points, et repasse dans le vert en Year-to-Date, à +2,08%.

Le mouvement a été nourri par les développements intervenus ces derniers jours sur le front géopolitique. D’abord l’annonce du cessez-le-feu le 8 avril. Puis, hier, celle de l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui a renforcé l’idée d’une désescalade possible. Même si, comme souvent dans ce type de crise, les annonces se contredisent à mesure qu’elles tombent. Ce matin encore, l’Iran annonçait la fermeture du détroit quelques heures seulement après avoir évoqué sa réouverture. Le dossier reste donc instable, confus, et propice aux revirements…

Ce scénario de reprise a un air de déjà-vu , puisqu’il rappelle furieusement l’épisode des «droits de douane réciproques» du printemps 2025. À l'époque, les sorties de Donald Trump avaient provoqué un décrochage brutal de 9% avant que les investisseurs ne se ravisent, misant sur ce qu’on appelait le «TACO Trade». Cette stratégie, consistant à parier sur un assouplissement pragmatique après une entrée en matière fracassante, semble redevenir la boussole des gérants. Aujourd'hui, peu importe que l’Iran annonce ce matin même la fermeture du détroit d’Ormuz quelques heures seulement après avoir suggéré son ouverture ; le marché a déjà intégré la fin de la crise. On achète l'anticipation et les creux avec ! 

L'événement majeur de la semaine reste toutefois le changement de garde au sommet de la cote. Managem vient d'écrire une page d'histoire boursière en devenant la première capitalisation du marché, pesant désormais quelque 158 milliards de dirhams. Le titre, qui a flirté avec les 13 300 DH vendredi à la clôture dans un volume massif de 670 MDH, affiche une progression insolente de…108% depuis le début de l'année. Voir une valeur minière détrôner les mastodontes bancaires ou des télécoms montre que le marché cherche surtout de la croissance là où elle se trouve, au-delà des secteurs traditionnels de rente.

Cela ne veut pas dire pour autant que les frictions réelles ont disparu. Si les indices boursiers continuent de reprendre, l’onde de choc économique, elle, ne suit pas la même courbe de désescalade. Le trafic maritime reste largement paralysé par le jeu de dupes entre Téhéran et Washington. Mais pour l'instant, la place casablancaise choisit de regarder les bilans plutôt que les cartes géopolitiques. Le conflit est perçu comme une parenthèse en train de se refermer, même si la volatilité du dossier Ormuz rappelle que la normalisation sera tout sauf un long fleuve tranquille et que personne ne peut sérieusement considérer que le risque géopolitique est derrière nous. 

On surveillera de près si ce retour aux niveaux de janvier servira de socle à une nouvelle poussée vers les sommets historiques, ou si la saturation des annonces finira par essouffler ce rebond dont la pérennité reste suspendue à une réelle accalmie sur le terrain.