Bank Al-Maghrib a choisi le statu quo. Réuni le 17 mars, le Conseil de la Banque centrale a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25%, préférant la prudence dans un environnement international redevenu hautement incertain après l’embrasement au Moyen-Orient.
Lors de sa conférence de presse tenue à l’issue du Conseil, le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdelatif Jouahri, a clairement relié cette décision au nouveau risque géopolitique apparu dans la région. Pour lui, cette guerre vient s’ajouter à une incertitude mondiale déjà alimentée par le conflit en Ukraine et par les tensions commerciales internationales. Surtout, ses effets économiques restent, à ce stade, impossibles à figer. Tout dépendra, a-t-il insisté, de « la durée, de l’étendue et de l’intensité » du conflit.
C’est précisément cette imprévisibilité qui a conduit le Conseil à ne pas aller plus loin dans l’assouplissement monétaire. La Banque centrale considère certes que l’inflation évolue à des niveaux modérés et que l’activité nationale reste bien orientée, mais elle estime que le choc extérieur potentiel impose de conserver des marges de manœuvre. La décision de maintien a d’ailleurs été prise à l’unanimité.
Le canal de transmission le plus surveillé reste celui de l’énergie. Bank Al-Maghrib a expliqué avoir travaillé sur plusieurs hypothèses de prix du pétrole, avec un scénario central tournant autour de 80 dollars le baril, complété par des exercices de stress à 100 dollars, voire au-delà. Abdelatif Jouahri a rappelé que certains scénarios internationaux montent jusqu’à 130 ou 140 dollars, avec, dans ce cas, des conséquences beaucoup plus lourdes sur l’économie mondiale.
Pour le Maroc, l’impact resterait contenu dans l’hypothèse d’un conflit de courte durée. Mais ce scénario central pourrait vite devenir caduc si les tensions se prolongent. Une hausse durable des cours énergétiques alourdirait la facture des importations, pèserait sur les comptes extérieurs et pourrait finir par raviver les tensions inflationnistes, à travers les carburants puis les coûts de transport et, plus largement, les prix intérieurs.
À ce stade, Bank Al-Maghrib continue toutefois de tabler sur une inflation modérée. Après le net ralentissement observé ces derniers mois, l’inflation devrait ressortir à 0,8% en 2025 puis à 0,8% en 2026, avant de remonter graduellement à 1,4% en 2027. Cette accalmie reste liée à plusieurs facteurs favorables, notamment le recul des prix des carburants sur la période récente, l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et la baisse marquée des prix des huiles. Mais la Banque centrale reconnaît que cet équilibre demeure fragile face à un éventuel choc pétrolier prolongé.
Dans son raisonnement, l’institut d’émission souligne aussi que l’économie nationale aborde cette séquence avec des fondamentaux plus solides qu’au cours de précédents épisodes de tension. La croissance non agricole reste soutenue, les réserves de change sont jugées confortables et le système bancaire conserve des capacités de refinancement importantes. Cela permet, pour l’instant, d’absorber un choc limité sans remettre en cause l’orientation générale du cadre macroéconomique.
Pour autant, le Wali a insisté sur le fait que la politique monétaire ne sera pas conduite sur la base d’hypothèses figées. Elle se fera, a-t-il dit, “réunion après réunion”, à partir des données les plus actualisées. Bank Al-Maghrib se dit même prête, si les circonstances l’exigent, à convoquer une réunion exceptionnelle du Conseil, à distance ou en présentiel, en cas de dégradation rapide de la situation internationale.
En clair, le message du Wali est que la baisse de l’inflation ne suffit pas, à elle seule, à justifier un nouvel assouplissement monétaire lorsque le principal risque se trouve désormais hors des frontières. Face à un choc géopolitique dont l’onde de transmission passe d’abord par l’énergie, puis potentiellement par l’inflation et les équilibres extérieurs, la Banque centrale préfère attendre, observer et garder la main.
Y.S