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Ismail Douiri : «Il faut reconnaître l’ampleur de la crise»

Jeudi 28 Mai 2020 - PAR bourse news

 

Intervenant lors d’un webinaire sur la finance inclusive et le Covid-19, Ismail Diouiri, Directeur général délégué du groupe Attijariwafa bank (AWB), en charge du pôle banque de détail à l'international et filiales de financement spécialisées, a livré une analyse sans concession et sous différents angles de la crise sanitaire et de ses implications. 

Jouissant d’une longue expérience en tant que banquier et entrepreneur, Ismail Douiri a développé 4 idées autour de la thématique. Tour d’horizon. 

 

La crise sanitaire que nous vivons actuellement a été révélatrice du caractère sans précédent de l'interdépendance économique dans laquelle nous évoluons. Une situation qui est la conséquence directe de la mondialisation et des politiques de libéralisation. Lors de son intervention, Ismail Diouri a tout d’abord situé la problématique de crise dans cette dimension d’interdépendance. “Aujourd’hui, il existe une interdépendance complète entre le sanitaire, le social et l’économique dans nos pays” 

Dans son argumentaire, le DG délégué de AWB a donné 5 types de relations interdépendantes qui dominent actuellement notre paysage économique. D'abord entre le “très” local et le global, à l'instar "des flux financiers qui proviennent d’Europe ou d'Amérique et qui sont essentiels pour les équilibres macroéconomiques de nos pays”, a-t-il souligné. 

Il cite ensuite la corrélation entre les secteurs privé, publique et le monde associatif. Il donne pour exemple les banques : “En réalité, nous sommes (les banques : ndlr) un service public délégué au secteur privé, puisque nous sommes finalement le bras agissant des banques centrales en matière de politique monétaire et donc d’allocation de ressources”. 

En plus des interdépendances clients/fournisseurs, qui seront très marquées lors de la reprise économique, ou encore fisc/contribuable, Douiri évoque la relation réciproque entre les actionnaires et les fournisseurs de dettes. Ces derniers sont “généralement des banques au Maroc”. Mais “ça peut être aussi les marchés financiers pour certaines grandes entreprises”. 

En clair, l'idée développée derrière ces exemples, est que le niveau d’interdépendance des économies est considérable, et qu’il s’agit en fait d’une force qui peut autant unifier que diviser. 

 

Un choc sous-estimé  

Pour le banquier, les maux que nous avions avant la crise ont été révélés et deviennent encore plus forts maintenant. Ils ont été simplement cristallisés ou amplifiés. Partant de ce constat, Douiri a développé une autre reflexion, ayant trait, cette fois, à l’ampleur de la crise sanitaire. 

"Il faut reconnaître l'ampleur de la crise actuelle”, a-t-il déclaré. Et de renchérir : “Je suis, avec tout le respect que je dois à tous les économistes et à toutes les autorités, les estimations qu’ils publient. Moi qui, personnellement, n’est pas de nature pessimiste, pense que c'est sous-estimé”. 

Douiri élargit l’observation en procédant à un calcul “arithmétique et naïf”, selon ses mots : “Pour une économie qui croît à 5% par an, je l'étale sur les 12 mois et je crée un choc de 30% sur 3 mois. À ce niveau, je suis déjà dans une récession de 3%. Si je fais le même choc, cette fois-ci à 80% (plusieurs secteur reculent actuellement de 80%) pendant trois mois. C’est une récession de 15%”. 

“Franchement, cela m'étonnerait qu'on s'en sorte à beaucoup mieux que -3% au -5% cette année”, déduit-il. 

 
Avons-nous les moyens de gérer la crise? 

C'est une autre interrogation à laquelle Ismail Douri a apporté des éléments de réponse : “Sommes-nous capables de traiter toutes les conséquences de la crise avec nos moyens? Évidemment non”.

Pour atténuer les effets pervers de la crise, il précise que les économies qui n'ont aucune contrainte, c'est-à-dire celles que le reste du monde finance, ont injecté dans leurs économies à peu près 10% du PIB (sous forme budgétaire ou monétaire).  

“Or, aujourd'hui nous n’avons pas l'épargne domestique dans notre pays pour faire de même. Notre épargne suffisait à peine à financer la croissance précédente. Donc, s'il faut injecter ou creuser un trou de 10%, ce serait impossible”.  

La résilience qu’il faut reconstruire après le Covid-19, suppose d'abord d'accélérer la collecte et la mobilisation de l'épargne. 

Autre bémol relevé : l’absence de flexibilité fiscale et monétaire. C'est ainsi qu'“il faut essayer de trouver le bon équilibre entre les priorités”, résume-t-il. 

Ce juste équilibre interpelle sur la question du recours à l’endettement extérieur, que beaucoup d’économistes estiment “incontournable”. Il faut dire que l'Etat est sur tous les fronts, puisqu'il doit faire face à l’urgence sociale et au choc sur la croissance économique, continuer à investir et poursuivre les réformes, ce qui implique des suppléments de dépenses.   

Pour le DG délégué d’AWB, le recours à la dette extérieure s’avère imparable et soulève en même temps de nombreuses questions : “Quel type de recours aux financements extérieurs ? Avec quels instruments ? Comment utiliser ces financements ? Comment cibler les entreprises qui en ont besoin ? Comment rembourser la dette ?” 

Sur cette dernière interrogation, il concède qu’il est désormais plus que jamais nécessaire de développer l’export pour rembourser la dette. “Il faut se positionner durablement à l'export, voire profiter de ce pool mondial de ressources et de consommateurs. Et travailler aussi sur l'attraction d'investissements extérieurs. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, la vraie demande mondiale n'est pour l'instant pas sur notre continent”, fait-il observer. 

 

Plaidoyer pour l’intégration du secteur informel 

L’informel qui pèse 20% du PIB dégrade l’économie nationale. Sa réorganisation ne doit plus attendre. Dans cette crise, il a couté à l’Etat une enveloppe globale de près de 4,2 milliards DH. 

 Pour les observateurs, le secteur informel a besoin d’être structuré de façon à l’intégrer progressivement au tissu économique. Cela par plusieurs moyens : encourager les jeunes ainsi que les petites et les moyennes entreprises à investir ou encore la mise œuvre de programmes de promotion de l’auto-entrepreneuriat. 

Douiri, juge de son côté, qu’il faut encourager l’inclusion vers le secteur formel, par des “incentives”. “Au Maroc, ça a été de baisser le taux d'imposition. A chaque fois que le pays a baissé son taux d'imposition, il a augmenté ses recettes. Vous pouvez faire le back testing”

 Et de conclure : "cela peut inciter la très petite entreprise à rentrer dans ce circuit formel. Il faut également construire un mécanisme d’incitations pour pousser ces opérateurs à demander une identification quelconque et à ouvrir un compte bancaire. Et Je pense que cette crise va beaucoup aider".  

 

Y.S

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