Les analystes soulignent d’abord le niveau jugé élevé de la pente implicite entre le taux directeur de Bank Al-Maghrib, maintenu à 2,25%, et le rendement du BDT 10 ans, ressorti autour de 3,35% à fin mars. Cet écart d’environ 110 points de base se situe, selon eux, à des niveaux historiquement observés en période de stress macro-financier, alors même que les fondamentaux domestiques sont décrits comme robustes.
Capital Trust rappelle que la remontée des taux depuis le début de l’année s’est faite en deux temps. Une première vague, essentiellement technique, a été alimentée par le rythme soutenu des levées du Trésor en début d’exercice. Une seconde, plus brutale, a été déclenchée par le regain de tensions géopolitiques au Moyen-Orient à partir du 28 février. Sur cette seule séquence, le 10 ans a pris 41 points de base et le 5 ans 30 points de base, ce qui a, selon la note, injecté une prime géopolitique désormais appelée à se résorber si le scénario central se matérialise.
C’est précisément là que se situe le cœur de la thèse. Pour Capital Trust, les pressions actuellement visibles sur les taux marocains sont avant tout techniques et temporaires. Elles ne reflètent pas une dégradation structurelle de la signature souveraine marocaine. La maison de recherche met en avant plusieurs éléments d’appui: une croissance revue à 5,6% en 2026 dans son scénario de référence, une inflation toujours négative à fin février, l’amélioration de la notation souveraine avec le relèvement de S&P à BBB- en septembre 2025, ainsi que la perspective positive accordée par Moody’s en mars 2026. À cela s’ajoute la confirmation par le FMI de l’éligibilité du Maroc à la Ligne de Crédit Flexible.
La note insiste aussi sur le fait que le choc pétrolier resterait, dans leur lecture, absorbable pour l’économie marocaine. Même avec un Brent durablement à 110 dollars le baril, l’impact sur l’inflation domestique resterait contenu entre 2,5% et 3%, grâce notamment à la désinflation alimentaire, à l’absence d’indexation automatique des prix à la pompe et aux mesures anti-choc déployées par l’État début avril. Ces dernières portent sur le maintien du prix du butane, le gel des tarifs d’électricité et une subvention au transport professionnel, pour un coût global estimé dans la note à 1,65 milliard de dirhams par mois.
Sur la courbe elle-même, le segment 5-10 ans concentre, selon les analystes, le meilleur couple portage/convexité. Le 5 ans, à 3,06% à fin mars, offrirait ainsi un taux réel supérieur à 2% face à une inflation projetée à 0,8%. Capital Trust considère que les niveaux actuels incorporent une prime excessive d’origine géopolitique et technique, ouvrant la voie à une normalisation significative à horizon de quelques mois.
Cette conviction s’appuie aussi sur une lecture historique. La note relève que le spread actuel entre le taux directeur et le 10 ans se situe au 84e percentile de sa distribution sur dix ans, soit 21 points de base au-dessus de la moyenne de la période. Les analystes estiment qu’un tel niveau est aujourd’hui difficilement justifiable au regard des fondamentaux, et y voient une anomalie de pricing plus qu’un nouvel équilibre durable du marché.
Autre facteur favorable mis en avant: la perspective d’une sortie du Trésor à l’international avant juin 2026. Pour Capital Trust, une telle opération allégerait sensiblement la pression sur le marché domestique au second semestre et constituerait l’un des catalyseurs baissiers les plus tangibles sur les rendements locaux. La maison note par ailleurs que les tombées de BDT sur le reste de 2026 atteignent environ 78 milliards de dirhams, avec un pic de concentration en octobre, mais estime que cette contrainte reste gérable dans l’hypothèse d’un recours externe significatif.
Dans son scénario central, auquel elle attribue une probabilité de 60%, Capital Trust table sur une résolution du conflit d’ici fin avril, un reflux du Brent vers 70-75 dollars au second semestre et une restitution d’au moins 30 points de base sur le segment 5-10 ans. La détente débuterait, selon cette lecture, dès la dissipation de la prime géopolitique, puis s’accélérerait à partir de juin sous l’effet combiné d’un apaisement sur les levées, de la désinflation et de l’anticipation d’une baisse du taux directeur de 25 points de base en décembre 2026 ou, au plus tard, en mars 2027.
Le scénario optimiste, moins probable, envisage une détente plus marquée encore, avec une première baisse du taux directeur dès septembre 2026 et un 10 ans revenant vers 2,70%-2,90%. À l’inverse, le scénario adverse suppose un conflit plus long, un Brent au-dessus de 100 dollars et une inflation remontant vers 2,5%-3%, sans pour autant conduire Bank Al-Maghrib à resserrer sa politique monétaire. Même dans ce cas, Capital Trust juge que les fondamentaux du Maroc resteraient sensiblement plus solides que lors des précédents épisodes de tension.
En définitive, la note de Capital Trust explique que la hausse récente des taux marocains aurait davantage créé une opportunité qu’un signal d’alarme. Dans cette lecture, le marché aurait surpayé un risque temporaire, tandis que la partie intermédiaire de la courbe offrirait aujourd’hui le terrain le plus intéressant pour se repositionner.