La rentabilité des grandes banques de la place s’est nettement renforcée en 2025. Pour Fitch Ratings, cette amélioration place le secteur dans une position plus confortable pour profiter d’un environnement domestique porteur, de volumes d’activité en hausse et de nouveaux relais de financement, notamment autour des grands projets d’infrastructure.
Dans une nouvelle analyse consacrée aux sept plus grandes banques du Royaume, l’agence estime que les profils de crédit du secteur bancaire marocain devraient continuer à s’améliorer. En 2025, la progression de 6% des crédits a soutenu une hausse de 18% des revenus agrégés et de 26% du résultat net. Le résultat opérationnel a, de son côté, progressé de 24%, aidé par un recul de 5% du coût du risque.
Cette dynamique reste toutefois à nuancer. L’indicateur central de rentabilité retenu par Fitch, à savoir le résultat opérationnel rapporté aux actifs pondérés des risques, est resté stable à 2,3%. L’agence explique cette stabilité par l’accélération de la croissance des actifs pondérés des risques en 2025, elle-même liée à la reprise du crédit et à la détérioration de la qualité de crédit de certains souverains en Afrique subsaharienne, zone où plusieurs groupes bancaires marocains sont exposés.
Pour 2026 et 2027, Fitch anticipe néanmoins une poursuite de l’amélioration de la rentabilité. Les conditions d’exploitation au Maroc demeurent jugées favorables et la progression attendue des volumes devrait continuer à alimenter la croissance des revenus. Les marges nettes d’intérêt devraient rester globalement stables, autour de 3,3% à 3,4%. D’éventuelles baisses de taux ne devraient donc pas, selon l’agence, exercer une pression significative sur les marges ou sur la rentabilité du secteur.
Cette rentabilité accrue a également permis d’absorber une partie de la pression liée à la hausse des actifs pondérés des risques sur les ratios de solvabilité. Le ratio CET1 moyen a reculé de 20 points de base en 2025, tout en restant largement au-dessus du minimum réglementaire de 8%.
Fitch relève aussi un changement de comportement en matière de capital. La mise en place prévue du Supervisory Review and Evaluation Process à l’horizon 2027 pousse déjà les banques vers une plus grande discipline prudentielle. Les trois banques domestiques d’importance systémique affichent ainsi des ratios Tier 1 supérieurs d’environ 200 points de base au minimum réglementaire de 9%.
L’agence rappelle que les banques marocaines ont longtemps opéré avec des coussins de fonds propres relativement étroits, ce qui pouvait parfois limiter leur capacité de croissance. Ces marges de sécurité se sont désormais élargies, offrant au secteur une meilleure capacité à accompagner les besoins de financement à venir.
Parmi ces relais, Fitch cite notamment les projets liés à la Coupe du monde 2030. Selon l’agence, près de 70% des besoins de financement associés pourraient être couverts par le crédit bancaire domestique, ce qui placerait les banques marocaines au cœur de l’effort d’investissement attendu au cours des prochaines années.
Le financement et la liquidité restent, enfin, des points forts du secteur. Les banques marocaines continuent de s’appuyer principalement sur des dépôts clientèle à faible coût. Ces derniers ont progressé de 8,6% en 2025, portés par les dépôts des entreprises (+10%), des particuliers (+6%) et de la diaspora marocaine (+5%). Pour Fitch, cette base de financement solide devrait continuer à soutenir les plans de développement des banques.