Mercredi 25 Fevrier 2026

ETF : Quels enjeux pour la Bourse de Casablanca ?

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Le marché marocain s’apprête à franchir un cap avec l’introduction prochaine des Exchange Traded Funds (ETF), rendue possible par la promulgation de la loi 03-25. Ces fonds indiciels cotés pourraient marquer un tournant dans la modernisation de la Place casablancaise et dans la diversification de l’épargne collective.

Dans une récente note Flash Strategy intitulée « Les ETF, vecteur de diversification de l’épargne collective », BMCE Capital Global Research revient sur les enjeux et le potentiel de ce nouvel instrument pour le marché marocain.

À l’échelle mondiale, les ETF se sont imposés comme l’une des innovations financières les plus marquantes des trois dernières décennies. Selon BKGR, les encours mondiaux sous gestion ont atteint près de 19.850 milliards de dollars à fin 2025, en hausse de 33,7% en 2024, confirmant une migration massive des flux vers la gestion indicielle

Pour les analystes, les ETF séduisent par leur combinaison unique : diversification instantanée, négociation en continu comme une action, transparence quotidienne sur la composition du portefeuille et coûts de gestion réduits. Aux États-Unis, ils représentent désormais 68% des encours mondiaux, avec plus de 13.460 milliards de dollars d’actifs sous gestion. L’Europe suit une trajectoire de rattrapage, tandis que l’Afrique affiche une dynamique encore modeste mais en forte accélération, avec un taux de croissance annuel moyen des encours supérieur à 20% sur dix ans.

Une réforme structurante pour le Maroc

Au Maroc, la loi 03-25 ouvre officiellement la voie aux ETF, dans une logique d’alignement avec les standards internationaux. L’objectif selon la bureau de recherche est de diversifier l’offre de produits, renforcer la liquidité du marché et attirer de nouveaux profils d’investisseurs.

Le marché des OPCVM, qui totalise 785 milliards de dirhams d’actifs sous gestion à fin 2025, constitue un socle solide pour accompagner cette transition. Toutefois, le taux de pénétration des produits collectifs reste autour de 51% du PIB, bien en deçà des économies avancées, laissant entrevoir un potentiel d’expansion important, explique-t-on.

L’introduction des ETF ne devrait pas concurrencer la gestion active, mais plutôt agir comme un complément stratégique, en offrant une exposition standardisée et réplicable à des indices de référence. Les institutionnels pourraient ainsi intégrer ces instruments dans leurs allocations tactiques, notamment pour des opérations de rééquilibrage ou d’exposition sectorielle ciblée.
Recommandations et impacts

BKGR souligne que la réussite des ETF au Maroc dépendra de trois conditions clés : un produit initial simple, une liquidité assurée dès le lancement et une infrastructure efficace de création/rachat. Cela suppose des teneures de marché actifs, un panier de titres liquides et des process opérationnels fluides. Les coûts devront rester compétitifs, avec un TER attractif, comparable aux standards sud-africains.

L’expérience internationale rappelle que liquidité et crédibilité réglementaire sont déterminantes. Le Maroc pourrait éviter les difficultés observées sur certains marchés africains en s’appuyant sur un socle institutionnel solide et une offre progressivement diversifiée (ETF indiciels puis thématiques).

Malgré une base encore limitée d’investisseurs particuliers dans les encours OPCVM (8,2%), la montée en puissance récente des personnes physiques dans les volumes du marché actions (≈30% en 2025 vs 10% en 2023) constitue un signal favorable pour l’adoption de ces instruments.

BKGR insiste également sur la nécessité d’une infrastructure technologique robuste, d’un cadre réglementaire stable (juridique, fiscal, change) et d’un effort ciblé d’éducation financière.

Le déploiement devrait suivre une progression graduelle : lancement d’un ETF indiciel simple avant l’extension vers d’autres sous-jacents (obligations, matières premières).

Selon les estimations du bureau de recherche, les ETF domestiques pourraient atteindre 5 à 10 MMDH d’encours à court terme, 25 MMDH à horizon 2028, puis plus de 50 MMDH à plus long terme, sous réserve d’une montée en puissance effective des flux et du turnover.

En définitive, les ETF pourraient agir comme un accélérateur de maturité pour la Bourse de Casablanca, à condition que leur déploiement soit progressif, accompagné d’un cadre réglementaire stable et d’un effort soutenu en matière d’éducation financière.

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