L’élément déclencheur n’a pas besoin d’être surinterprété. Le marché est passé en mode risk-off après l’embrasement au Moyen-Orient, et la courroie de transmission, une fois encore, c’est le pétrole. Vieille rengaine, mais toujours la même efficacité quand elle s’invite au mauvais moment. Vendredi, le Brent a terminé autour de 92,7 dollars, en hausse de l’ordre de +8% sur la séance et proche de +28% sur la semaine, pendant que le WTI s’installait aussi au-delà de 90 dollars. À ce niveau, la hausse du baril alimente immédiatement les scénarios inflationnistes “par les coûts”, fait grimacer les banquiers centraux et replonge les investisseurs dans un souvenir qu’ils n’aiment pas revoir sur l’écran: 2022.
À la Bourse, l’aversion au risque s’est traduite par des dégagements rapides, des rachats forcés par endroits, et une liquidité qui s’est massée là où elle se masse dans ces séquences. Les échanges ressortent à 4,31 milliards de dirhams, avec une exécution très marquée sur la fin de semaine, comme souvent quand le marché cherche d’abord à “réduire le bruit” avant de reprendre une vue d’ensemble.
Chez les professionnels, le discours est plus posé. Ils rappellent que ce que l’on observe ressemble d’abord à une réaction de marché à un choc géopolitique, pas à une dégradation soudaine des fondamentaux marocains. Le rappel n’est pas inutile. Le MASI sortait d’une phase de forte hausse qui l’avait conduit vers un sommet historique autour de 20.340 points à l’été 2025, et les perspectives bénéficiaires des sociétés cotées restent jugées solides par plusieurs intervenants.
Par ailleurs, le sondage réalisé par Boursenews vendredi reflète assez bien l’état d’esprit du moment. Sur 513 répondants, 204, soit 39,8%, jugent encore qu’il est trop tôt pour se prononcer et préfèrent attendre les développements du week-end. 165 participants, soit 32,2%, anticipent une poursuite de la baisse. Les partisans d’un rebond technique restent minoritaires, avec 74 voix, soit 14,4%, tandis que 70 répondants, soit 13,6%, misent sur une stabilisation du marché. En clair, la prudence domine encore largement, avec un biais baissier qui reste bien installé.
Dans ce tableau nerveux, une bonne nouvelle est tombée vendredi soir. Moody’s a relevé la perspective de la note du Maroc de stable à positive, tout en maintenant Ba1. Un signal qui ne suffit pas à neutraliser un choc pétrolier en temps réel, mais qui rappelle tout de même que le marché actions n’est pas en train de s’effondrer sur ses fondamentaux.
Cette semaine, le marché n’a en fait pas sanctionné ses fondamentaux mais l’incertitude. La nuance est importante. La Bourse avait déjà perdu en confort après janvier et février. Le choc pétrolier et géopolitique l’a fait basculer dans une autre séquence, plus nerveuse et plus désordonnée. Et tant que le baril restera le centre de gravité du récit mondial, les investisseurs continueront de regarder les écrans avec une main moins ferme que d’habitude.
Y.S