Jeudi 26 Fevrier 2026

Mémoires de marché. Avant les écrans, la Bourse se faisait à la voix (épisode 2)

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Jusqu’à la fin des années 1990, la Bourse de Casablanca ne fonctionnait pas en continu. Les échanges se concentraient sur une séance courte, organisée autour de la criée. Un mode de formation des prix qui reflétait la structure d’un marché encore peu liquide.

Il fut un temps où la Bourse de Casablanca ne se consultait pas. Elle se vivait.

La séance se tenait au parquet, salle où se retrouvaient physiquement les intermédiaires de marché, entre 11h et 13h. Une plage horaire courte durant laquelle se concentraient les échanges. En dehors de ce créneau, la place retrouvait son calme.

À la criée, les ordres étaient transmis par les commis de Bourse, sous la supervision d’un commissaire. Le processus suivait une mécanique simple en partant du prix de référence de la veille, puis confronter, valeur par valeur, les intentions d’achat et de vente.

Chaque commis annonçait ses limites de prix, parfois sans préciser les volumes. Dès qu’une limite d’achat rencontrait une limite de vente, une transaction se faisait et un prix s’affichait. Une même valeur pouvait ainsi coter à plusieurs prix au cours d’une seule séance.

Ce mode de fonctionnement expliquait une particularité aujourd’hui disparue puisque plusieurs cours pouvaient coexister pour une même valeur au fil de la séance. Le marché progressait par ajustements successifs, en fonction des rencontres entre offres et demandes.

Cette organisation avait sa logique puisque sur une place où la liquidité restait limitée, la criée permettait de faire émerger un prix en concentrant l’offre et la demande au même moment. Mais le système portait aussi ses propres limites.

D’abord, le temps. La séance était courte, alors que l’information économique, politique ou sectorielle circulait en continu. Les investisseurs qui cherchaient à ajuster leurs positions ne pouvaient pas toujours intervenir au moment opportun. Un marché ouvert sur une fenêtre étroite finissait par se décaler de la réalité.

Ensuite, la montée en charge. À mesure que le nombre d’ordres augmentait, la criée devenait un entonnoir. L’accumulation d’ordres pouvait freiner, voire empêcher, l’exécution complète des intentions. Lorsque l’offre et la demande ne s’équilibraient pas pleinement, le prix retenu était celui qui réduisait l’écart global, laissant mécaniquement une partie des ordres en attente.

C’est ce mur opérationnel (plus que la seule recherche de modernisation) qui a conduit la Bourse de Casablanca à basculer vers la cotation électronique.

La migration a commencé en mars 1997 par une phase pilote sur quatre valeurs. Elle a été généralisée en juin 1998 à l’ensemble des titres du marché actions, puis étendue en août 1998 aux titres de créances sur le marché obligataire. Le système adopté était le NSC, développé dans les années 1990 à la Bourse de Paris.

L’évolution technologique s’est ensuite poursuivie. Depuis janvier 2001, les sociétés de Bourse ont été équipées de stations de négociation leur permettant d’exécuter leurs transactions directement depuis leurs propres locaux, sans passage par le parquet.

Le cadre opérationnel du marché a également évolué. Depuis le 1er février 2005, la séance de Bourse débute à 9h00 et se termine à 15h30. Elle s’organise autour de trois phases : la pré-ouverture, l’ouverture et la clôture.

La rupture a été immédiate dans la fabrication du prix. Les ordres ont été saisis et classés automatiquement, la confrontation achat/vente calculée, les priorités appliquées de manière stricte, et les données de marché ont commencé à être diffusées en temps réel.

La Bourse a donc changé de rythme. La criée appartenait désormais à l’histoire et le marché entrait dans une ère où l’information, les ordres et les prix circulaient en temps réel.

 

Y.S

 

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