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Marché des capitaux marocain : Le diagnostic de Bassim Jaï Hokimi

Vendredi 20 Decembre 2019 - PAR bourse news

 

Jouissant d’une longue expérience dans les milieux d’affaires marocains (RAM, ex ONA,…), Bassim Jaï Hokimi, actuellement gestionnaire pour comptes de capitaux dans le Private Equity, (Atlamed) et PDG d’Involys, a dressé un tableau des plus exhaustifs du marché financier marocain lors de la 2ème édition des Rencontres scientifiques de la CMR. Tour d’horizon.

 

La première thématique abordée est celle des taux. Pour lui, le sujet des taux bas concerne tous les marchés mondiaux et pas seulement le Maroc. Il parle même d’une «aberration» en évoquant les taux négatifs de façon prolongée et sur des maturités «étonnantes». «Sommes-nous en train de réaliser les sombres prévisions marxistes des baisses de taux des profits du capitalisme ?», s’est-il demandé.

Non, puisqu’il y a autant d’opportunités et de pépites qui se sont révélées pour l’ex-patron de l’ONA. Les investisseurs sont plutôt confrontés à une problématique de «sélectivité» et de «  complexité réglementaire et prudentielle » (blanchiment des capitaux, etc.). L’évolution technologique, économique et démographique également interpelle particulièrement les Caisses de retraites.

Pour résumer, il y a des aspects d’évolution très rapides, mais aussi de mobilité extrêmement brutaux, à la fois des capitaux et des ressources humaines. Ceci impose de l’agilité, chose qui manque au contexte marocain, selon lui.

Flashback et état de l’évolution

Evoquant l’historique du marché des capitaux marocain, Hokimi explique que ce dernier a connu, il y a 25 ans, une vague  d’innovations qui a permis de créer une courbe des taux des bons de Trésor. Mais, selon lui, entre temps, peu de choses ont véritablement évolué autour. Surtout le marché obligataire privé qui reste essentiellement concentré sur des banques, des institutions financières et parfois de gros émetteurs, contrairement à l’Europe où il est beaucoup plus dynamique et profond.

«La courbe des taux elle-même a connu un aplatissement, ce qui complique et rend moins attractif le travail de trading et d’arbitrage», a renchéri l'ancien trader.

Il a rappelé que d’après la théorie économique, les taux à long terme reflètent les taux de croissance économique. «Nous pouvons bien avoir un marché financier efficient, mais si l’économie n’est pas dynamique, les taux sans risque ne seront pas à la hauteur des espérances».

«Nous, nous ne sommes pas arrivés à créer un marché obligataire du niveau du début du XXème siècle, alors qu’ailleurs, ils commencent à songer d’investisseur dans des cryptos actifs et des choses plus sophistiquées», met-il en parallèle. 

Pour le marché boursier, l’expert affirme que c’est «une Bourse de taille honorable mais son niveau de liquidité est faible, et est très concentré sur quelques valeurs».

«En substance, les marchés de capitaux sont à évolution très lente», résume-t-il

Des placements alternatifs

Sur ce point, le constat est clair : Les marchés alternatifs sont encore embryonnaires alors que les produits dérivés qui dynamisent souvent le marché, font toujours défaut.

Mais tout n’est pas noir, tempère J. Hokimi, pour qui le Maroc dispose tout de même d’un certain nombre d’atouts : ses Caisses de retraites, ses assurances, qui représentent un moyen très appréciable d’avoir de nouvelles stratégies d’investissement.

Idem pour l’expérience réglementaire qui est consistante et de qualité. Un système bancaire de qualité, qui parfois peut être une barrière à l’entrée pour certaines innovations. «L’idéal qu’il soit octogonale à ces innovations», tempère l’expert.

Enfin, «l’infrastructure du marché, à travers Maroclear et la Bourse, est également intéressante», affirme J.Hokimi.

Tous ces ingrédients nous prédisposent à passer à un autre stade et avoir une autre profondeur que celle que nous avons aujourd’hui.

Une panoplie d’opportunités de placement

Pour les Caisses de retraites, les partenariats public-privé (PPP) liés à l’infrastructure semblent être un bon compris pour l’actuel PDG d’Involys. Il y a un champ très intéressant au Maroc et en Afrique.

Le financement innovant, qui n’est pas que du refinancement immobilier, doit aussi être scruté de près (ports, aéroports, centrales électriques). Même observation pour la finance participative qui a tendance à trop se déporter sur l’immobilier.

«Il faut faire attention quant aux biais immobiliers qui ont trop habité le Maroc».

Même chose pour le placement à l’étranger, où il y a eu des ouvertures réglementaires, mais qui n’ont pas donné les effets escomptés.

Le Private Equity, un véhicule mal apprécié

Abordant le capital investissement, véhicule que Jai Hokimi connaît le plus, il note à ce sujet qu’il y a une déception de la part des assureurs et des Caisses de retraites, qui ont initié des investissements dans le Private Equity ces dernières années. En même temps, il évoque un certain optimisme pour le capital risque, à l’innovation. Son allocation demeure toutefois faible, que ce soit en termes de PIB ou d’actifs chez les institutionnels. «C’est une classe d’actif risquée peu liquide, avec un marché secondaire inexistant», juge J. Hokimi

En ajoutant que c’est un marché qui devient concentré en termes de type de cibles. Et qu’il a tendance à se déporter, de plus en plus, vers des sociétés de grandes tailles et moins risquées.

Aussi, en termes d’équipe, «car nous avons trop peu d’équipes gestionnaires au Maroc. Et elles sont toujours dépendantes des institutions bancaires, contrairement à l’étranger», insiste-t-il.

Le Private Equity marocain est aussi «moins local». On note que les fonds étrangers dominent toujours le paysage. Ils représentent 80% des montants engagés contre 20% provenant des locaux.

Rappelons que pour inverser la vapeur et orienter l’épargne nationale vers cet outil d’investissement à haut rendement, l’AMIC avait proposé des incitations à la base pour les investisseurs institutionnels et privés, soit sous forme d’abattements fiscaux ou d’avantages à l’entrée.

Par ailleurs, une thématique n’est pas très explorée qui est celle du placement participatif : la dette mezzanine, l’obligation convertible ou encore les fonds de dette. C’est une classe d’actifs très peu représentée au Maroc alors qu’elle est bien développée en Afrique subsaharienne.

«En tant que gestionnaire d’épargne à long terme, recherchant des placements plus rémunérateurs que les BDT à 10 ans, je pense que c’est un très bon instrument à considérer», lance J.Hokimi.

Pour mémoire, le TRI (Taux de rentabilité interne) cumulé de cette industrie a facilement atteint 15,8% sur la période 2000-2018.

 

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