La même année, Casablanca a engagé, dans un tout autre contexte, la mise en place de sa première structure boursière : l’Office de compensation des valeurs mobilières marocaines.
Selon les documents d’époque, cet organisme a été créé par les établissements bancaires installés à Casablanca. Sa mission consistait à assurer, par voie de compensation, la négociation des titres marocains non cotés à une Bourse extérieure, dans des conditions jugées plus saines et plus régulières.
À ce stade, il ne s’agissait pas encore d’un marché boursier au sens moderne. Le dispositif répondait avant tout à un besoin d’encadrement et de sécurisation des transactions sur valeurs mobilières.
Durant ses premières années d’activité, le rôle de l’Office est demeuré limité. Le nombre de titres concernés est resté restreint, tout comme celui des intervenants. Le financement de l’économie marocaine reposait alors principalement sur des capitaux étrangers, tandis que les valeurs mobilières locales étaient peu nombreuses.
À partir du début des années 1940, l’activité a connu une évolution notable. L’abondance marquée des disponibilités locales et les contraintes pesant sur les relations financières avec la France ont modifié progressivement le volume et la nature des opérations traitées.
En 1942, l’administration a homologué le règlement de l’Office et a désigné un commissaire du Gouvernement chargé d’assister aux séances et de veiller au respect des règles en vigueur. Cette décision a conféré à l’organisme une dimension d’intérêt général. Le cadre réglementaire a ensuite été renforcé, notamment par l’obligation d’enregistrement des cessions portant sur les valeurs cotées ou susceptibles de l’être.
En 1948, l’Office a changé de dénomination et est devenu Office de cotation des valeurs mobilières. Cette évolution a marqué le passage d’une logique centrée sur la compensation à une organisation intégrant la cotation et la formation de prix de référence.
En 1967, la Bourse a été instituée comme établissement public, dotée d’un cadre juridique et organisationnel structuré. L’infrastructure a cessé d’être un simple dispositif pratique; elle est devenue une institution.
Ce que raconte ce triptyque 1929-1948-1967, c’est une Bourse qui s’installe par strates, en accompagnant l’économie plus qu’en la devançant. Le marché reste encore peu profond et peu liquide, mais l’essentiel est déjà en place à travers une infrastructure centralisée, des règles, des prix et des acteurs identifiés.
Y.S