Le groupe a officialisé, début avril, la conversion en franchise de 21 établissements, marquant son évolution d’un modèle de propriétaire-exploitant sous mandat vers celui de gestionnaire hôtelier à part entière, tout en conservant les marques, les centrales de réservation et les systèmes de distribution du groupe français.
Présenté comme l’un des faits majeurs de 2026, ce changement met fin à près de trente ans de mandats de gestion. Sur le plan opérationnel, Risma reprend l’exploitation directe de ses hôtels, tandis que les honoraires versés à Accor devraient diminuer à partir du deuxième trimestre, ce dernier n’intervenant plus en tant que gestionnaire mais comme franchiseur.
En conférence, le management a tenu à rassurer sur la portée de cette évolution, soulignant qu’elle ne constitue pas une rupture. Le groupe pilotait déjà une large partie des fonctions clés: opérations, finances, achats, RH ou IT, et gérait ses approvisionnements en direct depuis plusieurs années. La franchise vient ainsi formaliser une montée en puissance progressive plutôt qu’un changement radical de modèle.
Ce nouveau schéma doit permettre à Risma de renforcer sa maîtrise du compte d’exploitation. Tout en conservant la puissance commerciale et les canaux de distribution d’Accor, le groupe gagne en latitude sur le pilotage budgétaire et la gestion des charges.
Le management anticipe un impact positif sur la rentabilité, lié notamment à la baisse des fees. Sans en préciser l’ampleur, il rappelle que le passage d’un contrat de gestion à un contrat de franchise réduit mécaniquement le niveau des honoraires.
Sur le plan commercial, aucun changement n’est attendu pour le client final : les hôtels restent sous enseignes Accor, avec les mêmes plateformes de réservation, programmes de fidélité et circuits de distribution. L’objectif est clair : améliorer le modèle économique sans affaiblir la force de frappe commerciale.
2025 record, 2026 déjà bien engagée
Les résultats 2025, bien qu’historiques, servent surtout de socle à cette nouvelle phase. Le chiffre d’affaires consolidé a atteint 1,634 milliard de dirhams (+29%), porté par l’intégration de CMG et la progression du parc existant. À périmètre comparable, les revenus ressortent à 1,411 milliard de dirhams (+12%), soutenus par la hausse des chambres vendues et les effets des rénovations, notamment à Marrakech et Agadir.
L’EBE s’établit à 631 millions de dirhams, avec une marge record de 39%, tandis que le RNPG atteint 270 millions de dirhams, confirmant une année exceptionnelle.
Mais le véritable signal envoyé au marché concerne 2026. Risma a démarré l’exercice sur un premier trimestre record, avec un chiffre d’affaires de 398 millions de dirhams, en hausse de 20%. Le taux d’occupation atteint 60%, contre 50% un an plus tôt, malgré l’effet saisonnier du Ramadan, tandis que les nuitées progressent de 18%.
La dynamique est principalement portée par Marrakech et Agadir, bénéficiant des rénovations, ainsi que par une reprise progressive de Casablanca. Le groupe souligne également un Ramadan moins pénalisant que par le passé.
Interrogé sur les moteurs de croissance, le management met en avant un mix volume-prix, avec une contribution plus marquée des volumes. Agadir et Marrakech tirent la performance grâce à la progression des nuitées, tandis que Casablanca amorce un redressement graduel après plusieurs années en retrait. Côté prix, après une revalorisation significative en 2025, la progression devrait se normaliser, laissant davantage de place à l’amélioration des taux d’occupation.
Pour 2026, Risma adopte une approche prudente, tout en affichant un biais positif. Le groupe anticipe une légère croissance du chiffre d’affaires et du résultat avant IS courant.
Un élément technique pèsera toutefois sur la lecture des résultats : ayant épuisé ses déficits fiscaux reportables, Risma sera désormais imposée au taux plein. Dans ce contexte, le management invite à privilégier le suivi du résultat avant impôt, plus représentatif de la performance opérationnelle.
À ce stade, la situation géopolitique au Moyen-Orient n’a pas d’impact négatif sur l’activité. Le groupe observe même des effets de report sur certaines destinations, notamment Marrakech, avec une augmentation des flux MICE et événementiels. La guidance sera ajustée au fil de l’année.
En parallèle, Risma poursuit une gestion active de ses actifs. Le groupe a finalisé en 2025 l’acquisition de CMG pour 524 millions de dirhams, intégrée dans les comptes et refinancée via une augmentation de capital de 500 millions de dirhams début 2026.
Dans le même temps, un compromis de vente a été signé pour le Sofitel Casablanca, pour un montant de 450 millions de dirhams. L’opération devrait générer un gain d’environ 160 millions de dirhams sur le résultat non courant 2026, tout en permettant de sortir d’un actif déficitaire.
La stratégie est claire : arbitrer les actifs peu performants, réduire l’exposition à certaines zones surcapacitaires et réallouer le capital vers des projets plus rentables.
Risma poursuit également ses projets structurants, notamment à Tanger, où un Sofitel 5 étoiles est en développement sur la baie, avec un investissement estimé à près de 550 millions de dirhams, selon le management.
Le programme de rénovation se poursuit à un rythme soutenu, avec 237 millions de dirhams investis en 2025, visant à soutenir la montée en gamme et la progression des prix moyens, notamment à Rabat.
Par ailleurs, une académie de formation aux métiers du tourisme a été lancée en partenariat avec Accor.
Sur le plan financier, le groupe affiche une structure assainie. La dette nette, qui s’élevait à 1,968 milliard de dirhams fin 2025, a été ramenée à 1,444 milliard de dirhams à fin mars 2026 après l’augmentation de capital.
Le gearing est ainsi revenu à 64%, avec un ratio dette nette/EBE d’environ 2,5x, offrant des marges de manœuvre pour poursuivre le développement.
Risma proposera par ailleurs un dividende de 9 dirhams par action au titre de 2025, contre 7 dirhams un an plus tôt, avec une mise en paiement prévue le 20 juin 2026.
Nissrine EL MARINI