Le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur l’Iran a provoqué une disruption énergétique d’une ampleur inédite depuis la crise de 2022. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % de l’offre mondiale de pétrole et du commerce de GNL, est entré dans un état de quasi-paralysie, avec un trafic maritime tombé à l’arrêt. Le Qatar, premier exportateur mondial de GNL via ce corridor stratégique, a annoncé la suspension de sa production.
Les marchés ont rapidement intégré ce choc d’offre. Malgré la libération coordonnée de 400 millions de barils de stocks stratégiques par l’AIE, le Brent a franchi le seuil des 100 dollars, soit plus de 55 % au-dessus de l’hypothèse de 65 dollars retenue dans la Loi de Finances 2026, tandis que les prix spot du GNL ont bondi de +100% en Asie et de +70% en Europe.
Pour le Maroc, qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques, cette situation pourrait se traduire par un renchérissement significatif de la facture énergétique. Selon les estimations de Saham Capital Bourse, chaque hausse de 10 dollars du baril au-dessus de l’hypothèse budgétaire représente un surcoût d’environ 15 milliards de dirhams pour l’économie marocaine, à volume constant.
L’analyse de Saham Capital Bourse retient trois scénarios géopolitiques, dont les effets sur les marchés financiers marocains dépendraient principalement de la durée du conflit.
Scénario 1 : Résolution rapide (2 à 4 semaines)
Dans un scénario de résolution rapide du conflit, sur une période de deux à quatre semaines, les tensions énergétiques s’atténueraient rapidement avec un retour du Brent autour de 70 à 80 dollars le baril. Dans ce cas, Les marchés actions enregistreraient dans un premier temps une correction technique d’environ 10 %, rapidement effacée par un rebond porté par la détente des prix de l’énergie et le retour de l’appétit pour le risque.
Scénario 2 : Conflit prolongé (6 à 12 mois)
Un scénario de conflit prolongé, s’étalant sur six à douze mois, maintiendrait le Brent dans une fourchette comprise entre 90 et 110 dollars. Dans cet environnement marqué par une inflation importée plus élevée et un possible resserrement monétaire, le MASI pourrait enregistrer une correction comprise entre -10% et -15%, reflétant l’augmentation des primes de risque et la réallocation progressive des portefeuilles vers des actifs perçus comme plus résilients. Les investisseurs privilégieraient alors les valeurs défensives et les entreprises générant des flux de trésorerie solides, au détriment des segments cycliques.
Scénario 3 : Enlisement régional (>12 mois)
Enfin, dans un scénario d’enlisement régional au-delà de douze mois, le choc énergétique deviendrait systémique. La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et la montée des tensions sur les marchés mondiaux pourraient entraîner un mouvement global de “risk-off”, particulièrement défavorable aux marchés émergents. Dans cette hypothèse, le MASI pourrait reculer de -15% à -20%, reflétant la réallocation des portefeuilles vers des actifs refuges et la révision à la baisse des perspectives macroéconomiques.
Malgré ces risques, Saham Capital Bourse souligne que le Maroc dispose de certains amortisseurs macro-financiers susceptibles d’atténuer l’impact d’un choc externe. Parmi eux figurent notamment l’accès à la LCM FMI, la possibilité de recours aux marchés internationaux via des émissions d’Eurobonds, ainsi que le soutien potentiel des pays du Golfe.
Dans ce contexte, l’évolution de la Bourse de Casablanca dépendra largement de la trajectoire du conflit et, surtout, de son impact sur les prix de l’énergie et les conditions financières internationales.