Pour KPMG Maroc, le secteur bancaire marocain entre dans une phase de recomposition structurelle majeure, marquée par une remise en question profonde de ses modèles historiques. Longtemps porté par des modèles historiques solides, il doit désormais composer avec des mutations profondes qui redessinent ses équilibres. Retrait progressif de certains acteurs internationaux, consolidation autour de groupes nationaux puissants, évolution du cadre concurrentiel, percée de nouveaux entrants technologiques : le retail banking marocain est engagé dans une phase décisive.
«Le secteur bancaire marocain traverse aujourd’hui un tournant structurant. Les mutations économiques, technologiques et concurrentielles imposent aux établissements une capacité accrue d’adaptation. Cette recomposition, loin d’être une contrainte, constitue une opportunité majeure pour renforcer leur compétitivité, leur agilité et leur proximité client», explique Mohammed Berrada, Directeur Advisory en charge du pôle Financial Services chez KPMG au Maroc.
Premier mouvement de fond : le désengagement progressif de certains acteurs internationaux, notamment français. Cette évolution rebat les cartes du marché et ouvre un nouvel espace stratégique pour les banques locales, appelées à renforcer leur positionnement, sécuriser les transitions et accélérer leur transformation.
Deuxième dynamique : la consolidation autour d’acteurs marocains de premier plan. Déjà solidement implantés à l’échelle nationale, ces groupes affichent des ambitions régionales croissantes, notamment en Afrique, et investissent dans la modernisation de leurs offres, de leurs infrastructures et de leurs parcours clients.
Troisième bascule : l’ouverture du marché à de nouveaux modèles. L’évolution du cadre concurrentiel, en particulier dans les activités de monétique et d’acquisition, favorise l’émergence d’offres de paiement plus intégrées, plus innovantes et à plus forte valeur ajoutée, au bénéfice des commerçants comme des clients finaux.
Malgré une maturité technologique désormais avérée, la conjoncture marocaine met en lumière un paradoxe persistant : la convergence des leviers digitaux ne se traduit pas encore par une massification de la bancarisation, révélant un gap durable d’inclusion financière.
Le Maroc dispose pourtant d’un terreau digital favorable, porté par une adoption soutenue des usages en ligne, la généralisation du mobile et un écosystème fintech en pleine effervescence.
Dans ce contexte, de nouveaux modèles de banque commencent à se dessiner -des digital attackers 100 % digitaux aux logiques de banque invisible via l’embedded finance- redéfinissant la relation bancaire. Autant d’opportunités pour la banque de détail de repenser ses modèles, mieux capter les segments sous-desservis et transformer l’innovation digitale en un véritable levier d’inclusion et de création de valeur
De son côté, Zineb Sefrioui, Senior Manager Strategy & Business Transformation chez KPMG au Maroc, précise que «l’enjeu n’est plus uniquement technologique, mais stratégique : il s’agit pour les banques de faire évoluer leurs modèles de banque de détail afin de transformer la dynamique digitale et l’adoption croissante des usages en leviers durables de valeur, de performance et d’inclusion financière».
Des fondamentaux solides, mais un défi persistant sur les usages
Le secteur conserve néanmoins une base robuste. En 2024, le nombre d’établissements de crédit et d’organismes assujettis au contrôle de Bank Al-Maghrib est passé de 88 à 93. Le marché s’appuie sur un maillage territorial dense, avec 5 692 agences bancaires et 8 328 guichets automatiques, ainsi que sur une présence régionale significative à travers 45 filiales en Afrique. Les encours totaux atteignent 2 414 milliards de dirhams, dont 1 496 milliards de dirhams de crédits clients, confirmant le rôle central des banques dans le financement de l’économie.
Mais la question n’est plus seulement celle de l’accès bancaire. Elle est désormais celle de l’usage. En 2024, 58% des adultes disposent d’un compte bancaire, tandis qu’une part significative des comptes reste faiblement active, souvent limitée au retrait mensuel du salaire. Dans le même temps, les paiements digitaux et par carte progressent encore lentement, dans un environnement où le cash conserve une place dominante, avec près de 450 milliards de dirhams en circulation et 90 % des transactions réalisées en espèces.
Le vrai enjeu : faire évoluer le modèle bancaire
Dans ce contexte, les banques marocaines font face à une équation exigeante : développer les usages, renforcer l’inclusion financière et capter de nouveaux relais de croissance, tout en maintenant des standards élevés de sécurité, de conformité réglementaire et de rentabilité.
Autrement dit, la transformation attendue ne se limite pas à la digitalisation. Elle touche au cœur du modèle : organisation, expérience client, innovation produit, partenariats, efficacité opérationnelle et capacité à créer durablement de la valeur dans un marché plus ouvert et plus concurrentiel.
C’est dans cette lecture que s’inscrit KPMG au Maroc, en mettant son expertise sectorielle au service des institutions financières pour les aider à traduire les mutations du marché en décisions structurantes, en trajectoires de transformation et en leviers de création de valeur durable.