Jeudi 19 Mars 2020

EXCLUSIF. Covid-19 : Les fonctions Risques des banques marocaines sur le pied de guerre

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L'économie marocaine doit s'attendre à une importante baisse de l'offre et de la demande, en lien notamment avec le Covid-19. Ceci aura pour conséquence une montée en flèche des défauts bancaires ainsi qu'une dégradation attendue, mais encore difficile à chiffrer, des agrégats macro-économiques. Une baisse brutale de l'activité et la récession mondiale qui se profilent, n'arrangent pas les choses et la reprise économique risque d'être longue.

Dans ce contexte austère, les banques marocaines veulent faire preuve de solidarité en s'engageant à apporter leur appui dans le traitement (au cas par cas) des difficultés de certains ménages et entreprises, induites naturellement par cette pandémie. Des propositions ont été avancées jeudi et seront toutes ou partie confirmée lundi. 

 

Autant le dire, le secteur financier sera l'un des plus touchés par le ralentissement économique et les opérationnels se penchent déjà sur les impacts inédits de la pandémie sur les modèles de dépréciation et de notation des banques. "Nos experts Risques ont commencé à sensibiliser nos clients du secteur bancaire au fait que les impacts macro-économiques de cette crise auront des retentissements forts quant aux modèles de notation et modèles de dépréciation", nous confie Driss Tissoudal, Directeur associé du cabinet spécialisé Lendys Africa.

 

 "A ce titre, les aspects quantitatifs de ces modèles devront notamment prévoir un ajustement qui pourrait être plus important que celui-ci de la crise économique de 2008", prévoit l'expert Farid Raouf, Senior Manager Lendys Africa. En effet, la crise de 2008 n’impactait pas de façon aussi forte l’économie réelle. "Ainsi, nous pouvons anticiper dans les prochains jours et prochaines semaines et ce, pour l’ensemble des modèles,  que les recalibrages devront être reconsidérés", note-t-il. 

 

Des ajustements à prévoir
Les banques disposent de systèmes internes de notation pour leurs différents risques. Basés principalement sur des modèles empiriques, ces systèmes prennent en compte les impacts de la crise financière de 2008 dans leur historique.

 

Mais pour Farid Raouf, Senior Manager Lendys Africa, la crise du Covid-19 est différente, car elle touche cette fois-ci directement l'économie réelle. Si l'impact sur les modèles n'est pas immédiat, il est sûr que des ajustements devront être apportés rapidement. «La première option est d'ajouter une marge de prudence au modèle quantitatif existant pour se prémunir du risque à venir. La seconde consiste quant à elle, au changement de certaines variables des modèles voire même rajouter de nouveaux critères qualitatifs», explique-t-il.

 

Il avance un exemple pour ses nouvelles variables qualitatives : le nombre de salariés touchés par le chômage partiel. A ce titre, cette revue des modèles devrait avoir des conséquences directes sur le coût du risque des banques. 

 

Quant aux modèles de dépréciation, là-aussi l'expert Risques prévoit des ajustements nécessaires dans l'application d'IFRS9, et donc des impacts P&L à cause de Covid-19.   

 

Quel rôle pour la Banque centrale ?
D'un point de vue opérationnel, la Banque centrale est appelée à jouer un rôle dans la validation des différents modèles, et donc de suivre notamment avec attention, les évolutions des différentes variables macro-économiques retenues dans ces modèles.

 

Selon les experts du cabinet Lendys, il s'agit aussi là de donner de la latitude aux banques pour ajuster leurs modèles. "De facto, les autorités de supervision auront naturellement un travail de révision dans les années à venir, et cette crise, bien que changeant la donne, nous permettra de nous améliorer sur bons nombres de plans", prévoient Driss Tissoudal et Farid Raouf.  

 

Les experts ont remarqué qu'en Europe par exemple, la Banque centrale européenne (BCE) diffère ses interventions chez les banques pour leur laisser le temps de mettre en place leurs ajustements.

 

Deux certitudes au final: Les banques auront des impacts considérables sur leurs bilans et comptes de résultats. Par ailleurs, leurs départements risques devront établir un ensemble d’études d’impacts s’agissant de leurs modèles afin de les affiner correctement.

 

A.H

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