Wall Street est attendue en baisse et les Bourses européennes poursuivent leur recul jeudi à mi-séance, les tensions sur l'obligataire s'aggravant sur fond d'une nouvelle flambée des prix du pétrole. Les futures sur indices new-yorkais signalent une ouverture en baisse de 0,89% pour le Dow Jones, de 0,55% pour le Standard & Poor's-500 et de 0,81% pour le Nasdaq. À Paris, le CAC 40 perd 0,88% à 7.700,52 points à 11h00 GMT, soit une baisse d'environ 12% par rapport à son record atteint en août dernier.
À Francfort, le Dax recule de 1,02% et à Londres, le FTSE 100 cède 0,44%.
L'indice EuroStoxx 50 perd 1,21%, le FTSEurofirst 300 0,94% et le Stoxx 600 0,94%.
Les rendements de la dette souveraine continuent de grimper jeudi, notamment dans les pays les plus endettés, comme la France ou l'Italie, alors que la tension au Moyen-Orient entraîne une progression de 5% des prix du brut et que plusieurs responsables de la Banque centrale européenne (BCE) ont réitéré leur inquiétude face à l'inflation.
Les investisseurs voient d'un mauvais oeil la recrudescence des attaques contre des navires dans le Golfe et les informations d'Axios selon lesquelles Washington s'apprêterait à reprendre des opérations militaires à grande échelle contre l'Iran, ce qui ne ferait qu'accélérer une inflation qui dépasse largement les objectifs des banques centrales.
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France (BdF), a averti jeudi que les chocs géopolitiques à l'origine de la flambée des prix "se traduisent désormais par un choc financier", et Primož Dolenc, gouverneur de la banque centrale slovène, a déclaré que la BCE pourrait être contrainte d'augmenter encore ses taux directeurs, même si le moment et l'ampleur d'une telle mesure restaient incertains.
Dans ces conditions, la trêve observée plus tôt cette semaine concernant la dette souveraine a déjà fait long feu : jeudi, le rendement de l'OAT française à dix ans grimpe de près de 10 points de base pour s'établir à 4,9653%, très proche de son pic de 24 ans enregistré vendredi dernier.
La prime de risque exigée par les investisseurs sur les obligations souveraines françaises, très surveillée par les marchés, reste à son plus haut niveau depuis la crise de la zone euro de 2011-2012.
Confrontée à un déficit qu'elle peine à remettre dans le droit chemin et à un débat budgétaire houleux à l'approche de l'élection présidentielle de 2027 — ce qui accentue d'ailleurs l'incertitude politique —, la France est particulièrement touchée par les tensions sur le marché obligataire, et les investisseurs s'interrogent sur les risques de contagion à d'autres marchés et actifs européens, comme l'euro ou les actions des banques.
"À ce stade, ce qui rassurerait le plus les marchés, ce serait une intervention monétaire (...) Mais je pense que ce que nous avons appris de la crise de la zone euro en 2011, c'est que les autorités monétaires se tourneront d'abord vers les autorités budgétaires pour qu'elles remettent de l'ordre dans leurs finances", a déclaré Kiran Ganesh, stratège chez UBS Global Wealth Management, faisant référence aux achats d'obligations par la BCE pour apaiser les tensions.
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, ainsi que le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, et plusieurs membres de la BCE ont affirmé ces derniers jours qu'une intervention de Francfort n'était pas pertinente à ce stade.
Les difficultés de la dette souveraine s'expliquent également par un marché du financement plus concurrentiel : le Wall Street Journal a rapporté que les grandes entreprises technologiques cherchent à lever des milliards de dollars par le biais d'emprunts, ce qui les place en concurrence directe avec les États.
Le compte-rendu de la dernière réunion de la BCE, qui sera publié jeudi à 11h30 GMT, devrait apporter aux opérateurs de nouveaux détails sur les débats en cours au sein de la banque centrale. Selon un sondage Reuters, la BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,50% ce mois-ci, mais le relever de 25 points de base en décembre, comme elle l'avait déjà fait en juin et en septembre.
Les "minutes" de la Réserve fédérale, publiés la veille, montrent pour leur part que les responsables ont divergé le mois dernier sur le raisonnement justifiant de relever les taux, certains d'entre eux notant la nécessité de contrer le choc énergétique tandis que d'autres, plus conservateurs, ayant dit avant tout vouloir lutter contre l'inflation.
Avec Reuters