Mardi 04 Septembre 2018

10 ans après Lehman: la mutation irréversible des banques centrales

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Janet Yellen de la FED et Mario Draghi de la BCE. 

 

Francfort, 4 sept 2018 (AFP) - Et si elles n'en sortaient jamais? Le cataclysme déclenché en 2008 par la faillite de Lehman Brothers a contraint les banques centrales à repousser les limites de leur mandat, une mutation que beaucoup jugent irréversible.

La chute de la banque américaine marque, avec dix ans de recul, la fin de l'âge classique des institutions gardiennes de la monnaie, jusqu'alors chargées de contrôler les taux d'intérêt à court terme et de juguler les poussées d'inflation.

Car "on avait sous-estimé, dans les mandats des banques centrales, le rôle crucial qu'elles devaient jouer en cas de très forte instabilité financière", souligne Eric Dor, directeur des Etudes Economiques de l'IESEG à Lille.

A partir de l'automne 2008, la Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale américaine (Fed) comme la Banque du Japon (BoJ) se sont muées en pompiers tous terrains, luttant contre de multiples incendies avec des moyens inédits.

L'urgence a d'abord été de ranimer le marché interbancaire, paralysé. Mais il a ensuite fallu soutenir la croissance et faire baisser le chômage tout en contenant le risque de défaut des Etats sur leur dette qui a failli faire éclater la zone euro.

La BCE, la Fed et la BoJ ne se sont pas contentées de ramener leurs taux directeurs au plus bas: elles ont aussi inondé de liquidités le système financier, par le biais de prêts géants aux banques et de programmes de rachats de dette publique et privée, dont seule la Fed est sortie à ce jour.

Ces remèdes anti-crise appartiennent désormais à la "boîte à outils conventionnelle" de la politique monétaire, constatait début mai Vitor Constancio, juste avant de quitter la vice-présidence de la BCE.

Et il semble illusoire d'espérer les remiser, puisque les banques centrales font face à un gonflement sans fin de la dette des Etats, des entreprises et des particuliers, souligne l'économiste Patrick Artus, chez Natixis.

Dans ce contexte, elles ne "pourront plus normaliser leur politique monétaire de peur d'effets dévastateurs pour les entreprises +zombies+, maintenues artificiellement en vie par les taux bas, et les Etats très endettés", pronostique-t-il.

Les instituts monétaires devront aussi faire en sorte que les banques et épargnants privés conservent des obligations d'État, afin de maintenir le coût d'emprunt du souverain le plus faible possible.

Cet état de "+répression financière+ est inscrit dans l'action à venir des banques centrales", assure Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management.

En dépit des énormes moyens déployés, les banques centrales peinent par ailleurs à remplir leur objectif d'inflation proche de 2%, censée refléter la bonne santé de l'économie.

"On nous fait croire que cela vient d'une faiblesse de la demande, mais comme Don Quichotte à l'assaut des moulins, les banques centrales se battent contre un ennemi imaginaire", juge Eric Dor.

Hors du champ de contrôle des banques centrales, la concurrence mondiale exacerbée dans les biens et services et l'"ubérisation" de l'économie freinent les prix dans les pays développés.

"Les taux d'inflation continueront probablement de monter beaucoup plus lentement dans les cycles de reprise post-Lehman que précédemment", atteste Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

La BCE affiche cependant sa confiance de voir l'inflation revenir dans les clous de son mandat, jugeant que les hausses de salaires en zone euro vont finir par soutenir les prix.

Mais ce résultat sera obtenu grâce à une stimulation monétaire "beaucoup plus importante qu'auparavant pour soutenir la demande globale", fait remarquer M.Schmieding.

La plupart des économistes est au moins d'avis que la prochaine crise ne viendra plus du monde bancaire, qui apparaît "bien mieux armé qu'autrefois, en capital notamment, pour affronter un crash", note M.Artus.

Incapables d'anticiper la grande crise de 2008, les banques centrales ont renforcé depuis leur rôle de vigie, à l'image de la BCE qui s'est doublée d'un superviseur des grandes banques et exerce une surveillance "macro-prudentielle" pour détecter les bulles financières.

 


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