EMISSION DU 03/03 - par bourse news

Tensions au Moyen-Orient: Pourquoi la Bourse de Casablanca décroche violemment

Depuis le déclenchement des tensions au Moyen-Orient, la Bourse de Casablanca subit une correction brutale. En deux séances, le MASI a lâché 9,83% pour revenir à 16.399 points, sur des niveaux observés en avril 2025. Le mouvement s’est même accentué mardi (-5,63%) après lundi (-4,21%). Les volumes cumulés sur ces deux journées ont atteint 2,14 Mds de DH, tandis qu’environ 95 Mds de DH de capitalisation se sont évaporés. Depuis le début de l’année, la contre-performance dépasse désormais -13%, effaçant plusieurs mois de progression.

Pour comprendre cette correction, il faut regarder le canal le plus sensible pour le Maroc: le pétrole et, derrière lui, l’inflation et les taux. «Pour le Maroc, le sujet numéro un est l’énergie, donc le pétrole. Tant qu’on reste au-dessus de 80 dollars, le marché price inflation, tension sur les taux et hausse de l’aversion au risque», nous explique un gérant. Dans un pays importateur net d’énergie, le canal de transmission est rapide puisque la hausse des carburants renchérit le transport, alourdit les coûts logistiques, puis se diffuse dans les prix. Et quand le baril grimpe, la question ne concerne plus seulement la facture énergétique; elle touche la dynamique d’inflation, la consommation, les marges des entreprises et, in fine, les anticipations de politique monétaire.

Sur les marchés internationaux, le choc s’est d’ailleurs matérialisé immédiatement. Les cours du Brent ont gagné environ 16%-17% depuis vendredi, évoluant au-dessus de 80 dollars et les cours du gaz ont pris plus de 40%. Dans le même temps, la crise a fait basculer le risque du simple «prix» vers le risque de «flux». La paralysie du trafic maritime autour du détroit d’Ormuz, point de passage majeur pour les expéditions d’hydrocarbures, combinée aux attaques et menaces sur des infrastructures et routes énergétiques (notamment au Qatar et en Arabie Saoudite), alimente la crainte d’une perturbation d’approvisionnement. Le marché ne price alors pas une hausse «normale» du baril, mais un scénario de désorganisation.

 Le risque n’est pas seulement celui du baril. Il est aussi logistique. Les tensions pèsent sur la circulation maritime et, dans une moindre mesure, aérienne. Chat échaudé craint l’eau froide, les épisodes Covid et Ukraine ont laissé des traces, avec des chaînes d’approvisionnement grippées, des coûts de fret en hausse et une visibilité opérationnelle dégradée pour les entreprises. Cette fois, l’équation dépend d’un double facteur: l’effet baril et l’effet shipping (fret, assurance, délais). Si les perturbations durent, le choc se diffuse au-delà de l’énergie via les coûts de transport, puis via les prix.

 Il faut aussi rappeler que le marché ne réagit pas seulement à l’actualité géopolitique; il anticipe ses effets financiers. Quand le risque inflation remonte, la prime exigée par les investisseurs remonte avec lui. Même sans changement immédiat des taux domestiques, le durcissement des anticipations suffit à peser sur les multiples de valorisation, surtout après une phase de hausse où une partie du marché intégrait des trajectoires plus favorables. Pour de nombreuses valeurs, l’actualisation des cash-flows se fait alors avec une prime de risque plus élevée. Résultat: les cours corrigent vite, parfois sans distinction sectorielle, car la priorité devient la réduction d’exposition plutôt que le tri fin des fondamentaux «à chaud».

 

La durée, la variable qui décide de tout

Sur ce dossier, la question centrale est celle de la durée (conflit court ou long), d’autant que Donald Trump a évoqué un scénario pouvant dépasser le calendrier initial de quatre à cinq semaines. «Pour jauger l’impact final d’un conflit sur l’économie, le facteur temps reste central», insiste le gérant. Si l’épisode se résout vite, les désordres restent contenus sur les grands agrégats, et le marché retrouve un chemin plus rationnel. Si la crise s’installe, les anticipations d’inflation s’ancrent plus haut, les conditions financières se durcissent et l’aversion au risque s’installe.

C’est aussi ce qui explique que certains marchés internationaux tiennent mieux: une partie des investisseurs parie sur un scénario court et sur une capacité des autorités américaines à contenir l’envolée du pétrole. À l’inverse, la Bourse de Casablanca a réagi comme un marché qui ne veut pas «attendre de voir» quand l’énergie redevient le sujet. La place a, en outre, ses propres amplificateurs: une profondeur plus limitée, des carnets moins épais, et des mouvements de foule plus rapides lorsque l’aversion au risque remonte d’un cran. Quand la liquidité se contracte, l’incertitude s’imprime en une ou deux séances.

Dernier élément, contre-intuitif: la guerre n’a pas forcément profité aux métaux précieux dans l’immédiat. Dans les épisodes de stress, les investisseurs peuvent vendre sans discernement une partie des actifs, y compris des «refuges», pour se repositionner sur le dollar et l’énergie, surtout quand le marché réévalue le scénario de taux. Conséquence logique à la Bourse de Casablanca, les minières se retrouvent prises dans le mouvement vendeur. Managem lâche 9,72% à 7.926 DH, tandis que CMT et SMI reculent de 10% chacune, à respectivement 3.342 et 6.750 DH.

Au final, la suite se jouera sur deux cadrans. D’abord, le baril et, derrière, l’inflation importée et la trajectoire des taux. Ensuite, la durée, avec ou sans réactions en chaîne sur le shipping et le GNL. En attendant, l’idée que «si Wall Street tient, la Bourse de Casablanca doit tenir» est un faux repère. Le MASI price d’abord une vulnérabilité locale qui est l’énergie. Et sur ce point, le marché n’a pas besoin d’être raisonnable pour être cohérent.

 

Y.S

 

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