Disty Technologies avait acheté une partie de ses stocks avant que les composants informatiques ne renchérissent. Bien lui en a pris. Lorsque les tensions sur les mémoires RAM et les disques durs ont fait monter les prix, le distributeur disposait de produits pour servir ses clients, acquis à des conditions devenues avantageuses. Avec une demande soutenue dans le public comme dans le privé, cette avance sur les approvisionnements se retrouve dans les comptes : le chiffre d’affaires augmente de 21%, le résultat d’exploitation de 49%.
Le management avait d’ailleurs expliqué assez précisément ce qu’il préparait. Au GITEX Africa, en avril, Younes El Himdy faisait déjà état d’une croissance à deux chiffres au premier trimestre et affichait sa confiance pour le semestre. «Dès novembre, nous avons passé d’importantes commandes pour sécuriser le premier semestre», expliquait-il dans un entretien publié par Finances News Hebdo. Le dirigeant comptait aussi sur les nouvelles cartes de distribution signées fin 2025 pour apporter un supplément d’activité.
Quelques semaines plus tard, lors de la rencontre organisée à la Bourse de Casablanca autour des quatre années de cotation, dont Boursenews rendait compte le 20 mai, le discours était tout aussi affirmé. Disty avait mobilisé ses lignes de financement pour commander davantage qu’à l’ordinaire, ce qui expliquait l’importance des marchandises en route au bilan. La direction assumait ce choix et confirmait une activité bien orientée pour le premier semestre. Les résultats publiés en septembre viennent donc donner corps à une stratégie présentée plusieurs mois auparavant.
De fait, avec 335 MDH de chiffre d’affaires et 16,1 MDH de bénéfice net, en hausse de 28%, Disty dépasse ses précédentes performances à fin juin depuis l’IPO de juillet 2022. Le sommet semestriel des revenus remontait à 2023, avec 290,9 MDH ; celui du bénéfice à 2025, avec 12,5 MDH. La progression commerciale annoncée au printemps est au rendez-vous, accompagnée d’une amélioration sensible de la rentabilité.
Quelques calculs permettent d’en mesurer l’ampleur. En conservant la marge d’exploitation de l’an dernier, Disty aurait dégagé autour de 20 MDH de résultat opérationnel sur ses ventes du semestre. Or, il en affiche 24,8 MDH. L’amélioration de la marge représente ainsi près de cinq millions de dirhams sur les 8,2 millions de progression du résultat d’exploitation. Elle explique donc une plus grande part de cette hausse que la seule augmentation du chiffre d’affaires. Dans un métier où les marges sont étroites, l’écart est plutôt appréciable.
Tout ne tient cependant pas aux conditions d’achat. La maîtrise des charges contribue également à la performance, dans une organisation dont le management avait détaillé les évolutions en mai : suivi des ventes et de la rotation des stocks, surveillance des créances clients, meilleure connexion entre les outils de gestion et la logistique. De même, la couverture du risque de change, systématisée après les difficultés de 2022, fait aussi partie de cette discipline. Ces chantiers donnent un contenu concret au discours sur l’efficacité opérationnelle.
L’EBITDA atteint ainsi 26,4 MDH, en hausse de 49%, avec une marge proche de 8%. Disty élargit parallèlement son offre sur des marchés plus techniques. En juin, Boursenews revenait notamment sur ses ambitions dans la cybersécurité, le cloud et les infrastructures numériques, ainsi que sur le partenariat conclu en 2025 avec PNY/NVIDIA pour les solutions d’intelligence artificielle et les centres de données. À terme, cette diversification peut prolonger l’amélioration des marges au-delà des seuls avantages obtenus sur les stocks. Sa contribution aux résultats n’est toutefois pas encore isolée dans la publication semestrielle.
Cette évolution était également au cœur de l’analyse de Bridewell Partners, qui retenait en août une valeur centrale de 430 DH par action, selon l’étude relayée par La Vie éco. Le raisonnement reposait notamment sur le développement d’offres à plus forte valeur ajoutée. Les semestriels apportent un soutien à cette lecture du dossier, mais cette référence de valorisation précède leur publication : elle ne constitue pas un objectif révisé à la lumière des nouveaux comptes.
L’achat anticipé a, en revanche, une contrepartie déjà bien visible. La dette nette atteint 153,6 MDH, contre 98 MDH à fin juin 2025, soit 55,6 MDH supplémentaires. Son augmentation dépasse largement celle des ventes et correspond, selon la société, aux ressources mobilisées pour constituer les stocks, conformément au choix exposé au printemps.
Dans cette perspective, la direction prévoit une normalisation au fil de leur écoulement au second semestre. La réduction de la dette, tout en conservant une bonne part des marges obtenues, donnerait alors à cette performance une portée plus durable.
Au final, Disty dispose désormais d’une référence semestrielle plus élevée. Pour défendre une revalorisation durable, le prochain argument sera de conserver une bonne part de ces marges une fois les stocks renouvelés, tout en récupérant les fonds engagés. Le premier semestre a montré que le distributeur savait profiter d’une fenêtre d’achat. Le second permettra de mieux apprécier ce qu’il en conserve.