Lundi 14 Juin 2021

Dette privée: l'idée d'une agence de notation locale ou régionale fait son chemin

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Abdessamad Saidi, directeur du département Recherche de Bank Al-Maghrib


Les experts s’accordent à dire que la création d’une agence de notation financière locale ou régionale devient indispensable pour redynamiser le marché de la dette privée. 

 

Le marché de la dette privée marocain reste dominé par les émissions opérées par les établissements financiers. En 2020, l’on compte 27 émissions obligataires et 22 émissions de titres de créances négociables pour un montant total de 75 Mds de DH. L'encours total est de 236 Mds de DH dont 60% portant sur les banques et les sociétés de financement. 

La dynamique du marché est en effet enrayée (depuis des années) par plusieurs contraintes dont le cadre réglementaire qui “mérite d’être amélioré pour accompagner son développement”, comme l’a souligné Abdessamad Saidi, directeur du département Recherche de Bank Al-Maghrib, lors du 6ème Meeting sur l’information financière. 

Autre facteur de blocage cité par Abdessamad Saidi, a trait à la forme de sociétés. En effet, la plus grande partie des entreprises qui constitue le tissu productif, n’est pas habilitée à émettre des titres de créances sur le marché du fait de leurs formes juridiques. Du côté des investisseurs, l’on note un besoin croissant en termes d’informations et l'étroitesse des produits disponibles (absence des titres indexés ou des obligations remboursables en actions qui ne sont pas encore encadrées...). 

Pour redynamiser le marché, le directeur de la recherche de la Banque centrale propose certaines pistes. Il s’agit d’élargir l’accès aux SARL sous certaines conditions, de réduire les coûts (honoraires, commissions...), d’améliorer la transparence des émetteurs. Et par-dessus, la création d’une agence de notation financière, puisque les investisseurs s’appuient fortement sur les notations pour prendre leurs décisions. 

“Notre pays peut penser à la création d’une agence de notation locale ou régionale”, propose A. Saidi. Toutefois, il tempère, en expliquant que cette décision sera confrontée à l’absence d’une masse critique d’entreprises nécessaire pour attirer les agences de notation alors que la question de coût peut tout aussi constituer une contrainte. Pour abriter de telles structures, il explique, que notre pays pourra accorder des subventions ou des avantages afin de garantir des coûts raisonnables et de favoriser le recours des entreprises à la notation. 
 


Les institutionnels frileux envers la dette privée 


Pour Khalid Cheddadi, PDG de la CIMR, “la dette privée constitue un formidable instrument pour le financement de l’économie. Mais la notation des émetteurs est un handicap majeur”. 

Et d'étayer: “Nous, investisseurs institutionnels, sommes frileux par rapport aux émetteurs que nous ne connaissons pas assez. Alors que si nous avions une notation rassurante nous irions beaucoup plus volontiers” 

"Vous avez des entreprises qui sont sur le même pied d’égalité, parce qu’on n'est pas en mesure de noter leur qualité. Parfois on retrouve un émetteur de qualité AAA côté de la même manière que celui de qualité BB+. Ce qui est mauvais pour le marché”, déplore le patron de la CIMR 

Même son de cloche du côté de Houda Chafil, DG de Maghreb Titrisation, qui indique que “la notation est un maillon manquant pour la bonne lecture des risques associés à chaque émetteur et à chaque titre”. Pour le marché de la titrisation, elle estime que la création d’une agence de notation financière (locale ou régionale) va donner un coup d'accélérateur aux opérations futures. Et que partant de la notion du couple risque/rendement, on aura une matrice de risques lisibles pour l’ensemble du marché. 

 

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