Le géant américain des puces informatiques Nvidia s'attend à une accélération de la demande jusqu'à au moins fin 2027, tirée par l'intelligence artificielle (IA), une prévision à un horizon inhabituellement lointain qui a séduit Wall Street.
Le groupe a une nouvelle fois, largement dépassé les attentes au deuxième trimestre de son exercice décalé (clôturé fin juillet), le bénéfice net se situant à 59,7 milliards de dollars pour la période allant de mai à juillet, plus que doublé sur un an (+126%), selon un communiqué publié mercredi.
Rapporté par action et hors éléments exceptionnels, donnée de référence pour les investisseurs, il est de 2,22 dollars, soit sensiblement mieux que les 2,09 dollars projetés par les analystes selon un consensus établi par FactSet.
"L'IA a franchi un cap", a commenté Jensen Huang, cité dans le communiqué, car "elle réalise des tâches utiles" et son utilisation génère des revenus.
Il cherchait là à écarter certaines réserves, des entreprises notamment, quant à l'intérêt économique de l'IA.
"La demande accélère", certifie le patron du groupe de Santa Clara (Californie). "Le déploiement des infrastructures IA se fait à pleine vitesse."
Le chiffre d'affaires s'est hissé à 96,2 milliards de dollars, lui aussi plus que doublé en un an (+106%).
La directrice financière, Colette Kress, a indiqué, lors d'une conférence téléphonique de présentation des résultats, que Nvidia tablait sur une progression de 70% de ses revenus lors de l'exercice fiscal 2028 (clôturé fin janvier 2028), contre plus de 100% actuellement.
Elle a précisé que ces prévisions prenaient en compte des contraintes liées à sa chaîne d'approvisionnement, qui ne permettent pas à l'entreprise de satisfaire intégralement la demande.
Plutôt que de tenir rigueur à Nvidia de ce ralentissement programmé, les investisseurs ont favorablement accueilli la décision du groupe de faire état de prévisions à plus d'un an, une gageure dans un contexte aussi instable que celui de l'IA.
Après un repli initial, le titre prenait environ 4% dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de la Bourse de New York.
- Les marges sous pression -
"L'année prochaine va être énorme", a annoncé Jensen Huang, "ça sera extraordinaire". Nvidia vient de commencer à livrer à ses clients sa nouvelle génération de processeurs, baptisée Vera Rubin.
Les difficultés d'approvisionnement ne sont pas exclusives à Nvidia et concernent notamment les composants mémoire, nécessaires au fonctionnement à pleine vitesse des processeurs vedette de l'entreprise, les GPU (graphics processing units).
Ce marché de la mémoire souffre d'un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande, que les spécialistes ne voient pas se résorber significativement avant 2027 au mieux.
Colette Kress a d'ailleurs qualifié d'"extrêmes" les conditions tarifaires actuellement en vigueur pour ces produits, qui ne sont vendus que par une poignée de fournisseurs.
Cette situation met sous pression les marges de l'entreprise, qui vont passer de 75% (marge brute opérationnelle) à une fourchette comprise entre 71% et 72% au quatrième trimestre, que la directrice financière voit comme un point bas.
Là encore, les opérateurs ont largement ignoré cette contraction à venir, pour se concentrer sur la vigueur de la demande, qui a calmé, pour un temps, les interrogations quant à la capacité de l'entreprise à conserver ce rythme de croissance fulgurant.
La demande ne semble pas affectée, pour l'instant, par l'émergence de concurrents de Nvidia dans l'informatique à distance (cloud) et l'IA, notamment Google, Amazon Web Services (AWS) ou AMD.
Jensen Huang a souligné que son entreprise capitalisait sur son infrastructure intégrée, unique en son genre, des processeurs aux serveurs en passant par les logiciels de gestion coordonnée des puces.
"Nvidia est une plateforme", a-t-il rappelé, "qui couvre tout le cycle de vie de l'IA et que l'on peut utiliser dans n'importe quel +cloud+".
Colette Kress et Jensen Huang ont aussi longuement justifié les sommes colossales que Nvidia engage dans des montages permettant à nombre de ses clients, opérateurs de centres de données en particulier, d'investir dans l'IA, certains y voyant un soutien artificiel de la demande.
Pour la directrice financière, cette stratégie est de nature à "augmenter le marché (des puces) et à créer une nouvelle source de revenus".
"Nos risques sont limités", a martelé la directrice financière.