Après une séquence boursière spectaculaire, portée par la hausse des métaux précieux, le secteur minier coté entre dans une phase plus sélective. Pour M.S.IN, la création de valeur sur Managem et SMI dépendra désormais autant du maintien des cours de l’or et de l’argent que de la capacité des deux groupes à transformer leurs projets en croissance bénéficiaire durable.
Présentée par Noufel Aouragh, responsable Analyse & Recherche chez M.S.IN, lors de la 7ème édition des « Résultats et perspectives des sociétés cotées », organisée au siège de la Bourse de Casablanca, l’analyse intitulée « Minières cotées : nouveau cycle, nouvelles perspectives » met en avant un secteur à la croisée de plusieurs dynamiques : métaux précieux à des niveaux élevés, montée en puissance des capacités de production et demande structurelle portée par la transition énergétique.
La toile de fond reste favorable aux métaux. La croissance mondiale devrait évoluer autour de 3%, avec des prévisions de 3,1% en 2026 et 3,2% en 2027, tandis que l’inflation globale resterait élevée à 4,4% en 2026 avant de refluer à 3,7% en 2027. Les taux directeurs demeurent également hauts, avec une fourchette de 3,50%-3,75% pour la Fed, des taux BCE compris entre 2,25% et 2,65%, et un taux directeur de 3,75% pour la Banque d’Angleterre.
Dans cet environnement, l’or conserve son statut de principal baromètre du secteur. Selon M.S.IN, le métal jaune s’inscrit dans une tendance haussière de fond depuis 2021, accélérée à partir de 2024, avant d’atteindre un pic historique le 29 janvier 2026 puis de corriger de 25%. Sa performance annuelle moyenne est passée de 5,1% entre 2010 et 2022 à 24,8% depuis 2023, portée par les tensions géopolitiques, l’incertitude mondiale, la réorientation de la Chine vers l’or et le rôle de valeur refuge du métal.
L’argent suit une dynamique comparable, avec une dimension industrielle plus marquée. Sa performance annuelle moyenne est passée de 6,6% entre 2010 et 2021 à 30,1% depuis 2022, soutenue par les tensions géopolitiques, la demande liée aux technologies bas carbone, son statut de valeur refuge et un déficit structurel de l’offre.
Cette dynamique s’est déjà fortement reflétée en Bourse. Depuis 2024, Managem et SMI ont surperformé les métaux sous-jacents, avec des hausses respectives de 662% et 357%, contre près de 99% pour l’or, 194% pour l’argent et 74% pour le cuivre, selon les données présentées par M.S.IN.
Cette tendance a fait des mines le grand gagnant sectoriel du premier semestre 2026 à la Bourse de Casablanca. Alors que le MASI a terminé la période dans le rouge, en baisse de -3,34%, l’indice sectoriel des mines s’est envolé de 110,9%, porté notamment par Minière Touissit(+154,05%), Managem(+110,9%) et SMI (+46,34%), qui ont figuré parmi les meilleures performances de la cote sur les six premiers mois de l’année. Cette surperformance confirme le rôle de refuge joué par le compartiment minier dans un marché chahuté par les tensions géopolitiques et le manque de liquidité.
Managem : Le changement d’échelle se confirme
Chez Managem, la dynamique repose d’abord sur la montée en régime des grands projets. Le projet Boto, au Sénégal, mis en service en août 2025, vise une production annuelle de 160.000 onces d’or, pour un investissement de 3,8 milliards de dirhams et une durée de vie de 14 ans. Le groupe dispose également des projets aurifères Étéké, au Gabon, et Karita, en Guinée, attendus sur la période 2028-2029.
Au Maroc, Tizert constitue un autre relais majeur, avec une mise en service au quatrième trimestre 2025, une production annuelle annoncée de 120 KT de cuivre et une durée de vie de 18 ans. Le projet gazier Tendrara devrait, lui, ouvrir une nouvelle ligne de croissance, avec une première phase de 100 millions de m³ par an à partir du deuxième semestre 2026, puis une deuxième phase de 400 millions de m³ par an à partir de 2028. À Guemassa, l’usine de sulfate de cobalt devrait être mise en service en 2026, avec une production annuelle de 5.000 à 6.000 tonnes.
Les chiffres traduisent déjà cette bascule. En 2025, Managem a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 13,7 milliards de dirhams, en hausse de 55%. Le résultat d’exploitation a bondi de 219% à près de 4 milliards de dirhams, tandis que le RNPG s’est établi à 3 milliards de dirhams, en progression de 384%.
La tendance s’est poursuivie au premier trimestre 2026, avec un chiffre d’affaires consolidé de 5,7 milliards de dirhams, en hausse de 147% sur un an. Cette performance a été portée par la contribution de Boto et Tizert, entrés récemment en production, ainsi que par l’évolution favorable des cours des métaux précieux.
Pour M.S.IN, Managem devrait poursuivre sa montée en puissance. Le chiffre d’affaires est attendu à 21,3 milliards de dirhams en 2026, puis à 24,4 milliards en 2027, avant d’atteindre 30,7 milliards en 2029. Le RNPG ressortirait à 4,8 milliards de dirhams en 2026 et à 5,1 milliards en 2027, pour atteindre 6,1 milliards à horizon 2029.
Le bureau de recherche retient une valorisation cible de 10.117 dirhams sur la base d’une méthode DCF intégrant notamment un TCAM du chiffre d’affaires consolidé de 9,7% sur la période 2026-2030, un CMPC de 6,38% et un gearing de 100%.
SMI : Une exposition pure à l’argent
SMI présente un profil différent, plus concentré. La société reste exposée à un seul métal, l’argent, mais bénéficie d’un environnement de prix jugé favorable par M.S.IN, à la fois grâce au rôle de valeur refuge du métal et à son utilisation croissante dans les technologies bas carbone.
En 2025, SMI a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 1,57 milliard de dirhams, en hausse de 49%, soutenu par l’amélioration du cours de l’argent et la consolidation des volumes vendus. Le résultat net a atteint 397 millions de dirhams, en progression de 112%, tandis que le dividende proposé est passé de 80 à 150 dirhams par action.
Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires de SMI s’est établi à 411 millions de dirhams, en hausse de 36% sur un an. Cette progression a été tirée par l’appréciation des cours de l’argent, qui a compensé un repli des volumes produits d’environ 25%, lié à un arrêt temporaire de l’unité de traitement. Les CAPEX ont atteint 68 millions de dirhams, en hausse de 39%, principalement consacrés aux travaux de recherche et au développement des infrastructures minières.
M.S.IN anticipe pour SMI un chiffre d’affaires de 2,39 milliards de dirhams en 2026, puis de 2,58 milliards en 2027. Le résultat net ressortirait à 593 millions de dirhams en 2026 et à 584 millions en 2027, avant de remonter à 674 millions en 2029.
Le potentiel de la valeur repose notamment sur le maintien des cours de l’argent à des niveaux élevés, la demande industrielle liée au solaire, aux véhicules électriques, à l’intelligence artificielle, aux semi-conducteurs et aux réseaux 5G, ainsi que sur la mise en valeur progressive des découvertes souterraines à Igoudrane et le développement d’une exploitation à ciel ouvert à Imiter Centre.
Sur la valeur, M.S.IN retient une valorisation cible de 5.066 dirhams, sur la base d’une méthode DCF intégrant un TCAM du chiffre d’affaires consolidé de 5% sur la période 2026-2030, un CMPC de 7,4% et un gearing quasi nul.
En somme, les minières cotées abordent une phase plus exigeante. Après la forte revalorisation des titres, le marché devrait désormais arbitrer entre la solidité des prix des métaux, la montée en puissance des projets et la capacité de Managem et SMI à convertir ce cycle favorable en croissance durable des résultats.
Nissrine El Marini