Mercredi 22 Decembre 2021

Les banques marocaines gênées par l'essor de la dette privée

Les banques marocaines gênées par l'essor de la dette privée
  • Des banques se seraient plaintes auprès du wali de Bank Al-Maghrib des conditions de financement offertes par des acteurs «autres que bancaires» sur le marché financier pour financer les entreprises.
  • Pour les banques, ces acteurs n'évaluent pas correctement les risques, ce qui se traduit par des taux d'intérêt trop bas.

En plein essor, le marché de la dette privée marocain enregistre une trentaine d'opérations par an. En 2020, en pleine pandémie, ce mode de financement « désintermédié » a permis à beaucoup d'émetteurs de trouver des financements à bas coûts, en profitant de la compétitivité offerte par le marché des capitaux, en témoignent  des primes moyennes à l’émission en tendance globalement baissière depuis 2013 .

Les encours ont dépassé les 236 Mds de dirhams à fin décembre 2020, dont 60%  émis par les banques et les sociétés de financement. A noter que l'essentiel de la dette privée est portée par les OPCVM.

Mais la compétitivité de ce marché n'est pas du goût des banques qui se sont plaintes auprès wali de Bank Al-Maghrib qui rapporte, lors de la conférence de presse du 21 décembre, les propos tenus récemment par les banquiers lors d'une réunion: «des banques m'ont indiqué que certains intervenants sur le marché financier, n'apprécient pas les risques comme il faut et font des propositions qui sont véritablement en deçà de ce que nous pouvons proposer. Aujourd'hui, nous observons des remboursements anticipés de crédits bancaires à travers de la dette privée parce que les conditions de la dette privée sont beaucoup plus favorables que le crédit bancaire».

Le wali a demandé aux banques de formaliser leur plainte en le saisissant par écrit et en donnant des exemples. «Quels sont ces clients qui ont remboursé par anticipation, quels sont les montants en jeu et montrez-moi les taux de la dette privée», a-t-il exigé des banques.

«Nous essayons de veiller valablement à ce que la concurrence se joue à plein. Mais, nous essayons aussi de voir quels sont les risques», assure le wali. Car, selon lui, une concurrence désordonnée peut provoquer un avilissement des conditions avec des risques qui peuvent apparaître, qui ne sont pas pris en compte et qui peuvent provoquer une fragilisation des banques si elles vendent à des taux trop bas. «Mais je ne prendrai pas de mesures pour améliorer les comptes d'exploitation au détriment de l'économie», conclut-il.

En toile de fond de cette «gêne» entre banques et marché des capitaux, plusieurs dossiers récents. Le cas de Taqa Morocco par exemple, est le plus parlant. La société a réalisé une importante levée de 2,7 Mds de dirhams par placement privé pour rembourser sa dette bancaire et bénéficier de la baisse des taux sur le marché obligataire. Autant d'encours qui échappent aux banques et qui se retrouvent entre les mains d'autres créanciers sur les marchés. Les cas de Maghreb Steel, plus anciens mais toujours en cours, les promoteurs immobiliers ou encore Label'Vie et bien d'autres exemples montrent comment les émetteurs profitent des conditions accommodantes offertes sur les marchés et de l'abondance des liquidités pour restructurer leurs dettes. Paradoxalement, les banques, tout en se plaignant de ce marché, sont les premières à l'utiliser.


Lire aussi : Dette privée: l'idée d'une agence de notation locale ou régionale fait son chemin


 

BAM

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