Dimanche 03 Mai 2015

Et si les matières premières continuaient leur baisse à long termes ?

Et si les matières premières continuaient leur baisse à long termes ?

Julien Nebenzahl, Président de DBD 

 

Une fois n'est pas coutume, intéressons-nous à un scénario qui défie le consensus qui veut que les matières premières, surtout industrielles et minières, sont installées dans une longue et lente tendance haussière. Un consensus qui découle du rapprochement logique entre une offre insuffisante à terme et une demande de plus en plus importante portée par l'industrialisation de pays autrefois pauvres comme la Chine. Ce scénario alternatif est apporté par l'analyse technique, à travers une approche basée à la fois sur les outils de traditionnels de chartisme (ligne de tendances, supports et résistances), mais aussi sur l'étude des cycles long terme qui ont tendance à se répéter. Les projections d'inflation sont également considérées dans ce scénario proposé par le cabinet Day By Day.

 

Démarrons par le plus simple. L'indice CCI, qui est un panier mondial équipondéré de 17 matières premières, est actuellement au plus bas depuis mi-2010. Tous les compartiments de cet indice participent à cette baisse, même si certains métaux industriels résistent un peu mieux que d'autres pour le moment. La première approche graphique, simple donc, se base sur l'analyse des zones de prix où peuvent se manifester de nouveaux acheteurs (les supports). Dans ce sens, une zone importante à 500 points vient d'être rompue et la suivante est à 430 points. Cela dit, le support le plus important, susceptible de cristalliser un réel regain d'intérêt pour les matières premières, ne se trouve qu'à hauteur de 340 points. A noter que cet indice avait marqué un sommet historique à 700 points durant les premiers mois de 2010; il baisse depuis. 

Une autre approche graphique consiste à comparer la hausse du début de la décennie à celle des années 70. Les deux cycles ont duré environ 10 ans et les deux ont permis un triplement du prix des matières premières. Ce qui a suivi le premier cycle était une longue, très longue consolidation des prix jusqu'en 2000, soit 20 ans. Mais Day By Day ne prévoit pas exactement la même chose après le cycle haussier qui semble s'être achevé en 2010.

 

Une histoire d'inflation

Les prix des matières premières sont un ingrédient essentiel de l'inflation, même s'ils ne sont pas le seul facteur explicatif. Le rythme de leur évolution peut donc être assimilé au rythme de l'inflation. D'ailleurs, les deux suivent un cycle de Kondratiev (voir en bas de page la définition), d'une durée d'environ 54 ans. Concernant les matières premières, ce cycle peut être divisé en trois parties qui durent chacune environ un tiers du cycle complet de 54 ans. Le troisième sous-cycle est toujours désinflationniste. Le second, le coeur du cycle, est celui qui présente une inflation galopante. Le premier, quant à lui, établi les bases de l'inflation à venir. Nous sommes dans ce cycle depuis 2002. Mais, durant ce cycle, les pressions désinflationnistes du cycle précédent se font encore ressentir, voire même l'on flirte avec la déflation. Ceci permet des politiques monétaires laxistes, ou des budgets déséquilibrés qui sont jugés non dangereux puisque l'inflation reste basse. Mais cet équilibre n'est pas durable. L'histoire a montré qu'après une période d'incubation de 18 ans, l'inflation démarre, pour enfler sérieusement et devenir un problème dans le sous-cycle suivant. En clair, pour anticiper les cours des matières premières, on peut se fier aux projections d'inflations qui sont cycliques. Actuellement, l'inflation mondiale est dans une phase de plateau depuis une décennie. Un plateau qui survient suite à une période de baisse des prix qui continue à peser sur le climat économique. D'où une projection plutôt baissière sur les matières premières.

 

Ainsi, et d'après les projections de Day By Day, le premier sous-cycle en cours doit durer jusqu'en 2020 environ. «Ces anticipations de possible déflation, ou d'inflation très faible, nous permettent de privilégier des scénarios où les prix des matières premières seront sous-pression régulièrement pendant encore 6 ans», explique le président du cabinet, Julien Nebenzahl.

 

Qu'est-ce qu'un cycle de Kondratiev ?

Un cycle de Kondratiev est un cycle économique de l'ordre de 40 à 60 ans, appelé aussi cycle de longue durée. Mis en évidence dès 1926 par l'économiste Nikolai Kondratiev dans son ouvrage "Les vagues longues de la conjoncture", il présente deux phases distinctes : une phase ascendante (phase A) et une phase descendante (phase B). Selon Kondratiev, la phase ascendante s’accompagne progressivement d’un excès d’investissement réalisé par les entreprises pour faire face à la concurrence, ce qui provoque une hausse des prix, les industriels répercutant leurs coûts de production sur les produits, et des taux d'intérêt qui augmentent face à une forte demande de la monnaie. Il s'ensuit donc une période de déclin de l’activité économique durant laquelle les prix baissent (à cause de l’excès de l'offre et de la baisse de la demande), ainsi que les taux d'intérêt. En cela, la baisse de la consommation et des investissements entraîne une baisse de la demande de monnaie, ce qui permet une purge du système et prépare le terrain à une nouvelle phase de croissance.

 

L'indice CRB des matières premières est également représentatif de la tendance sur les matières premières.

 

 

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