Le PLF 2027 retient une croissance de 3,7%, en deçà des 5% visés en moyenne sur le quinquennat 2027-2031. L’objectif reste accessible sur le plan arithmétique, mais suppose un rythme supérieur à 5,3% sur les quatre années suivantes. Une accélération que les prévisions disponibles ne dessinent pas encore.
Entre les 5% du programme gouvernemental et les 3,7% inscrits dans le PLF 2027, les horizons diffèrent, mais l’effort à fournir se précise. Si la prévision budgétaire se réalise, l’économie devra croître d’environ 5,3% par an en moyenne entre 2028 et 2031 pour atteindre l’objectif du mandat. Le gouvernement devra donc obtenir, sur les quatre exercices suivants, une croissance sensiblement plus forte que celle qu’il prévoit pour sa première année.
Pour 2027, son hypothèse demeure pourtant assez proche de celles des autres institutions. Elle dépasse les 2,9% prévus par Bank Al-Maghrib en septembre et les 3% retenus par le HCP en juillet, mais reste inférieure aux projections d’octobre de la Banque mondiale, à 4%, et du FMI, à 4,2%. Malgré des écarts liés notamment aux hypothèses agricoles et aux dates d’élaboration, aucune de ces prévisions n’atteint les 5%.
Pour soutenir l’activité, le PLF 2027 prévoit un effort global d’investissement public de 400 milliards de dirhams. Les établissements et entreprises publics, y compris le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, en mobiliseraient 251 milliards. Le budget général, les comptes spéciaux du Trésor et les services de l’État gérés de manière autonome représenteraient 124 milliards de dirhams, après neutralisation des transferts internes, et les collectivités territoriales 25 milliards. Ces programmes couvrent notamment les transports, l’énergie, l’eau potable, les télécommunications, l’habitat et l’agriculture.
Cet effort s’inscrit dans un calendrier de travaux qui dépasse l’exercice budgétaire. Avec les préparatifs du Mondial 2030, plusieurs grands chantiers continueront d’alimenter la demande adressée au BTP, aux matériaux de construction et aux services d’ingénierie pendant les premières années du mandat. La LGV Kénitra-Marrakech et les trains de proximité figurent parmi les principaux projets du programme ferroviaire de 96 milliards de dirhams présenté en 2025. En septembre 2026, l’ONCF confirmait l’engagement des principales composantes du programme du Grand Casablanca, qui représente 20 milliards de dirhams au sein de cette enveloppe.
À ces travaux s’ajoutent les extensions aéroportuaires, avec l’objectif de porter la capacité d’accueil à 80 millions de passagers à l’horizon 2030. Leur intérêt économique dépasse la préparation de la compétition : elles doivent aussi permettre au transport aérien et au tourisme de poursuivre leur développement. Le soutien à l’activité peut ainsi se prolonger après la livraison des ouvrages, à travers une fréquentation accrue et de nouveaux investissements hôteliers, sous réserve que la demande suive.
Mais la poursuite des investissements est déjà prise en compte dans les projections économiques. La Banque mondiale anticipe une hausse de l’investissement fixe de 9% en 2027, puis de 7% en 2028, pour une croissance du PIB de 4% et 4,3%. Dans son scénario, cet effort ne suffit donc pas à porter l’économie au rythme visé par le gouvernement. Une partie de la demande se traduit en importations d’équipements, tandis que les gains de productivité attendus des infrastructures se diffusent plus progressivement.
D’où l’importance de l’investissement industriel et de ses retombées locales. À titre d'exemple , l’extension de Stellantis à Kénitra annoncée en 2025, pour 1,2 milliard d’euros, prévoit de porter la capacité annuelle du site à 535.000 véhicules, toutes catégories confondues. Le projet s’accompagne d’un objectif d’approvisionnement local de 75% en 2030. L’enjeu est donc double : accroître les volumes exportés et faire bénéficier davantage de fournisseurs marocains de cette production. La montée en capacité offre un potentiel de croissance, dont la réalisation dépendra toutefois des commandes sur les marchés automobiles.
Or, la conjoncture extérieure peut aussi freiner ces perspectives. La Banque mondiale relève qu’un ralentissement européen pèserait sur les exportations marocaines, le tourisme et les transferts des MRE. Elle cite également les risques associés à des prix pétroliers durablement élevés et aux perturbations d’approvisionnement. Ces contraintes peuvent renchérir les coûts de production et réduire une partie du bénéfice attendu des investissements.
Sur le plan intérieur, l’agriculture continuera de faire varier fortement le résultat annuel. Pour 2027, BAM retient une récolte céréalière de 50 millions de quintaux, après 93 millions en 2026. Cette hypothèse entraînerait une contraction de 7,6% de la valeur ajoutée agricole, alors même que les activités non agricoles accéléreraient à 4%. Le ralentissement global attendu ne traduit donc pas une dégradation de tous les secteurs. Il montre néanmoins combien le résultat agricole peut peser sur la croissance, même lorsque le reste de l’économie progresse plus rapidement.
Les grands projets offrent ainsi une visibilité sur l’activité des prochaines années, sans garantir à eux seuls une moyenne de 5%. Le FMI souligne d’ailleurs le risque que les investissements d’infrastructure produisent des retombées économiques inférieures aux attentes et insiste sur la participation du secteur privé. À mesure que les ouvrages seront livrés, leur exploitation et les activités qu’ils auront permis de développer devront soutenir la croissance au-delà des travaux.
Y. Seddik