EMISSION DU 02/12 - par bourse news

Bourse: Plaidoyer de Younès Benjelloun (CFG Bank) pour accélérer la dynamique des IPO

Le dirigeant a d’abord replacé la séquence actuelle dans une perspective historique. Selon lui, la Bourse de Casablanca a déjà connu plusieurs « vagues » marquantes : la période post-marocanisation, la phase des privatisations du milieu des années 1990, puis la vague du secteur privé au milieu des années 2000. Il a rappelé qu’entre 2006 et 2008, le marché avait enregistré un nombre élevé d’introductions, contrastant avec la cadence observée ces dernières années.

«Aujourd’hui, nous ne sommes plus capables de réaliser une dizaine d’IPO par an», a-t-il déclaré, estimant que cette limitation constitue un enjeu central pour un marché qui ambitionne d’élargir sa base d’émetteurs et de gagner en profondeur.

Younès Benjelloun est également revenu sur l’évolution du nombre de sociétés cotées. Au début des années 1990, le marché comptait environ 75 entreprises. Les réformes engagées en 1993 avaient été suivies d’un retrait significatif, plusieurs sociétés quittant la cote. «Nous sommes descendus jusqu’à 45 sociétés cotées», a-t-il rappelé, avant de souligner la phase de reconstruction progressive ayant conduit à près de 80 valeurs aujourd’hui.

Sur le plan des levées de fonds, le DG de CFG Bank a mis en avant les opérations réalisées sur la période récente. Une dizaine d’introductions auraient été menées au cours des cinq à six dernières années, générant près de 5 milliards de dirhams d’augmentations de capital au moment des IPO. À ces montants se seraient ajoutées des levées secondaires réalisées ultérieurement par ces mêmes entreprises, portant l’enveloppe globale à près de 10 milliards de dirhams en fonds propres. Il a ainsi insisté sur la distinction entre augmentations de capital et cessions de titres existants. «Le rôle primordial de la Bourse reste le financement des entreprises», a-t-il affirmé, tout en précisant ne formuler aucune objection de principe aux IPO effectuées par cession.

Réagissant aux comparaisons fréquentes entre montants levés en Bourse et volumes de crédits bancaires, Benjelloun a jugé ces rapprochements «non comparables». Il a rappelé que la Bourse constitue un marché de fonds propres, tandis que le financement bancaire relève de la dette. Selon lui, les fonds propres jouent un rôle d’accélérateur en renforçant la capacité des entreprises à accéder à d’autres sources de financement.

Le dirigeant a par ailleurs évoqué un contraste dans le rôle du marché primaire. D’après lui, plusieurs entreprises seraient aujourd’hui prêtes à franchir le pas de la cotation, mais se heurteraient à des contraintes de calendrier. «Les sociétés doivent parfois attendre leur tour», a-t-il indiqué, soulignant que les introductions tendent à se concentrer sur quelques fenêtres annuelles (juin/juillet et novembre/décembre). Une situation qui, selon lui, limite mécaniquement la cadence des opérations.

Benjelloun a également soulevé la question de l’adaptation du cadre légal encadrant les opérations de marché. «Pourquoi avons-nous une loi aujourd’hui qui date d’il y a 30 ans ? », a-t-il lancé, estimant que les textes doivent évoluer au même rythme que les pratiques financières. Il a notamment plaidé pour une différenciation plus nette entre les exigences applicables à un nouvel émetteur et celles imposées à une société déjà cotée. Selon lui, une entreprise dont l’information financière est déjà publique ne devrait pas être soumise à une lourdeur procédurale comparable à celle d’une première introduction.

Il a ainsi plaidé pour une différenciation plus nette entre les exigences applicables à un nouvel émetteur et celles imposées à une société déjà cotée, considérant qu’un mécanisme d’accélération («fast-track») permettrait de fluidifier les opérations secondaires.

Benjelloun précise que ces contraintes relèvent davantage d’un mécanisme d’écosystème que de responsabilités individuelles.

Dans le même esprit, le DG de CFG Bank a relativisé une lecture qui ferait de l’infrastructure l’unique variable d’ajustement. Il reconnaît la nécessité d’investir pour mieux absorber les pics de volumes, tout en rappelant que le marché marocain a déjà fonctionné dans des conditions techniques bien plus rudimentaires. Il cite notamment les premières années d’ouverture aux investisseurs internationaux au début des années 1990, période durant laquelle certaines opérations se réalisaient «avec une feuille et un stylo».

 

Y.S

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