Le MASI vient d’enchaîner une troisième semaine consécutive de baisse, sans pour autant décrocher. Depuis le 24 août, l’indice a abandonné un peu plus de 2% et termine vendredi à 18.615,24 points, soit une contre-performance annuelle limitée à 1,23%.
Cette consolidation intervient alors que plusieurs soutiens restent en place : les résultats semestriels arrivent, les anticipations bénéficiaires restent favorables, les volumes se redressent et les valorisations ont retrouvé des niveaux moins tendus. Le décor extérieur s’est en revanche durci en quelques jours. Le Brent évolue désormais autour de 107 dollars, la Réserve fédérale américaine pourrait relever ses taux mercredi et Bank Al-Maghrib tiendra son Conseil une semaine plus tard, le 22 septembre.
Les arguments du marché vont être confrontés à une séquence plutôt exigeante.
1/ TROIS SEMAINES DE BAISSE, UN PEU PLUS DE 2% PERDUS
Le MASI a reculé de 0,94% entre le 7 et le 11 septembre, après -0,73% la semaine précédente et un léger repli lors de la dernière semaine d’août. L’indice termine à 18.615,24 points, tandis que le MASI 20 abandonne 1,66% sur cinq séances.
L’enchaînement de trois semaines négatives mérite d’être relevé, mais son amplitude reste modérée. Le mouvement ressemble davantage à une consolidation du rebond d’août qu’à une accélération de la pression vendeuse.
Les écarts à l’intérieur de la cote le montrent également. Le MASI Mid & Small Cap a progressé de 0,22% la semaine dernière, alors que plusieurs secteurs ont nettement surperformé l’indice général. Les sociétés de placement immobilier ont gagné 7,62% et la pharmacie 6,88%, tandis que le bâtiment et les matériaux de construction ont perdu 3,21%.
Sur le plan technique, le MASI reste au-dessus de ses principaux appuis de court terme. La zone des 18.300-18.400 points constitue un premier support, avant 18.200-18.100 points. À la hausse, 19.000 points reste le premier niveau à reconquérir avant la zone des 19.400-19.500 points.
La tendance de fond engagée depuis 2023 n’est pas remise en cause dans la lecture d’African Financial Investment. Le cabinet souligne notamment que l’indice évolue toujours au-dessus de sa moyenne mobile à 100 semaines et que les indicateurs techniques, longtemps en situation de surachat, sont revenus vers des niveaux plus neutres.
2/ LES SEMESTRIELS COMMENCENT À DONNER DES ARGUMENTS
Le premier soutien reste celui des entreprises. Les revenus des sociétés cotées ont progressé de près de 11% au premier semestre, contre environ 7% un an plus tôt et 4% au premier semestre 2024.
Les comptes semestriels commencent maintenant à montrer ce que cette croissance produit réellement en matière de marges, de bénéfices et de bilan.
TAQA Morocco en donne ce lundi matin une illustration intéressante. Le groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé de 5,088 milliards de dirhams, en baisse de 5,4%, affecté notamment par la révision de l’Unité 3, les inspections programmées des autres unités et l’évolution du dollar face au dirham. Malgré ce recul, l’EBITDA progresse de 0,7% à 1,660 milliard de dirhams et le résultat net part du groupe augmente de 5,8% à 462 MDH.
Le bilan évolue également favorablement. L’endettement net consolidé recule de 10,1% à 4,621 milliards de dirhams, avec un gearing ramené de 38% à 36%. Dans le même temps, les investissements ont plus que doublé, passant de 210 à 515 MDH, principalement pour les projets bas carbone, les opérations de maintenance et le développement de nouveaux relais de croissance.
Cette publication illustre bien la lecture qui va s’imposer durant les prochaines semaines : un chiffre d’affaires en baisse n’empêche pas nécessairement une amélioration du bénéfice ou du bilan.
Mutandis avait donné quelques jours plus tôt l’exemple inverse. Son chiffre d’affaires progresse de 7% à 962 MDH, mais l’EBE industriel recule de 163 à 153 MDH et le résultat net courant industriel de 48 à 33 MDH. Le groupe maintient néanmoins une prévision d’EBE annuel comparable à celle de 2025.
Les anticipations bénéficiaires restent pour leur part bien orientées. AFI estime à environ 18% la croissance des bénéfices attendus à douze mois. Le rythme ralentit par rapport au début de l’année, mais demeure élevé par rapport aux standards historiques.
Les résultats commencent donc à départager les dossiers.
3/ VOLUMES ET VALORISATIONS RESTENT DES APPUIS
Les volumes donnent depuis août quelques signes d’amélioration. La moyenne à 20 jours des échanges sur le marché central, descendue autour de 268 MDH après avoir approché 500 MDH quelques mois auparavant, a recroisé sa moyenne à 50 jours et se rapproche de celle à 100 jours.
La reprise reste à confirmer et certaines opérations ponctuelles gonflent les volumes sur quelques séances. Elle tranche néanmoins avec la tendance observée durant une bonne partie du premier semestre.
Les valorisations ont également évolué avec la correction. Le PER prospectif à douze mois se situe autour de 16 fois les bénéfices attendus, près de la partie basse de sa fourchette récente selon AFI.
Cela ne signifie pas que l’ensemble de la cote est devenu bon marché. Les écarts de performance, de croissance et de valorisation restent importants. Mais après les fortes progressions de 2023, 2024 et 2025, la correction de cette année a redonné de l’air à certains dossiers.
4/ À 107 DOLLARS, LE PÉTROLE BROUILLE LA LECTURE
Le début de semaine rappelle que la principale menace vient pour l’instant de l’extérieur.
Le Brent remontait lundi matin à 107,54 dollars le baril, en hausse de 2,8% dans les échanges asiatiques, après avoir déjà progressé de près de 9% la semaine dernière. Le WTI dépassait également 102 dollars.
La fermeture temporaire de l’oléoduc saoudien Est-Ouest, touché par des attaques de drones, prive Riyad d’une voie essentielle permettant de contourner le détroit d’Ormuz. Un navire marchand a encore été ciblé dimanche dans le détroit et la réunion prévue ce lundi à Oman entre l’Iran et plusieurs pays du Golfe a été reportée.
À ces niveaux de prix, le pétrole cesse d’être un simple facteur de volatilité boursière. Pour une économie importatrice d’énergie comme le Maroc, une hausse durable touche directement la facture énergétique, les comptes extérieurs et les perspectives d’inflation.
La pression peut également remonter jusqu’aux comptes des entreprises. Mutandis estime déjà à près de 78 MDH l’impact annuel de la hausse de certains intrants liée au conflit. Les prochaines publications permettront de mesurer plus précisément la capacité des sociétés cotées à absorber ce nouveau choc de coûts.
5/ LA FED MERCREDI, PUIS BAM LE 22 SEPTEMBRE
Le second test viendra des banques centrales avec la Réserve fédérale américaine qui rendra sa décision mercredi 16 septembre. Après les données d’inflation publiées la semaine dernière et la nouvelle poussée des cours de l’énergie, les marchés évaluent désormais à environ 86% la probabilité d’une hausse de 25 points de base.
La Banque d’Angleterre prendra le relais jeudi, avec un statu quo privilégié par les investisseurs, avant une Banque du Japon pour laquelle les anticipations penchent en faveur d’un relèvement des taux vendredi.
Le retour de l’inflation énergétique replace donc les banques centrales dans une position plus délicate. Elles doivent contenir les prix sans provoquer un durcissement excessif des conditions financières.
Pour le Maroc, le prochain rendez-vous sera celui de Bank Al-Maghrib le 22 septembre. Plusieurs observateurs privilégient un statu quo sur le taux directeur, actuellement fixé à 2,25%.
Les taux domestiques restent globalement stables et l’inflation marocaine demeure jusqu’ici contenue. Le contexte a néanmoins évolué depuis la réunion de juin : le Brent a franchi les 100 dollars, les taux internationaux se sont tendus et la Fed pourrait avoir relevé ses taux moins d’une semaine avant le Conseil de BAM.
AFI observait déjà récemment quelques tensions sur le marché obligataire, liées notamment aux besoins plus importants du Trésor, et considère la réunion du 22 septembre comme un rendez-vous important pour la visibilité sur les taux au quatrième trimestre.
Le statu quo reste compatible avec cette configuration, mais le communiqué et les nouvelles projections de Bank Al-Maghrib sur l’inflation, la croissance et l’environnement énergétique seront particulièrement suivis.
6/ LE MARCHÉ A ENCORE DES ARGUMENTS. ILS VONT ÊTRE MIS À L’ÉPREUVE
La correction des trois dernières semaines reste limitée, les volumes donnent des signes de reprise, les valorisations se sont détendues et les premières publications montrent que plusieurs entreprises continuent à améliorer leurs bénéfices ou leur bilan. TAQA Morocco ajoute ce lundi un argument supplémentaire avec un résultat net en hausse, une dette en baisse et un investissement en forte progression malgré le recul des revenus.
En face, le baril à 107 dollars et le retour du resserrement monétaire réduisent la marge de confort dont disposaient les marchés il y a encore quelques semaines.
Les semestriels vont maintenant départager les entreprises capables de préserver leurs marges, leur cash-flow et leur bilan de celles pour lesquelles la croissance de l’activité résiste moins bien dans les comptes.
Le MASI ouvre la semaine à 18.615 points. Les arguments existent encore. Les résultats et les banques centrales diront cette semaine combien ils valent !