Le marché n’a finalement pas tenu. Après deux semaines de reprise timide, sans véritable soutien en profondeur, le MASI a lâché 3% sur cette dernière semaine de février pour revenir à 18.140 points. Cinq séances consécutives de baisse ont suffi à effacer les gains fraîchement accumulés.
Février se termine ainsi sur un repli mensuel de -2,82%. Deuxième mois qui penche donc du mauvais côté, et une place qui replonge dès que le soutien se fait discret.La séquence de rebond observée mi-février (entre le 6 et le 17) apparaît désormais comme une simple parenthèse technique.
Parallèlement, la saison des trimestrielles (T4) s’est achevée dans la précipitation habituelle. Comme chaque année, les dernières séances avant l’échéance légale ont viré à l’embouteillage. Entre jeudi et samedi, un flot continu de publications est tombé sur le marché. Une pratique devenue routine chez certains émetteurs, au détriment de la lisibilité et de la qualité de la communication financière.
Sur le fond, les chiffres confirment globalement ce que le marché anticipait, soit une progression sensible des revenus pour une majorité de sociétés cotées. Quelques bonnes surprises, quelques déceptions aussi. Rien de structurellement dissonant. Reste à savoir si la croissance du chiffre d’affaires se traduira-t-elle dans les marges, les résultats nets et, in fine, dans les dividendes. C’est au fil du mois de mars que les investisseurs pourront affiner leur lecture, à mesure que les états financiers détaillés seront disséqués.
Maintenant, le marché entre logiquement dans une phase de digestion. Les publications sont derrière nous, les arbitrages vont se faire plus sélectifs, dossier par dossier.
Dans ce tableau pas très reluisant, les minières continuent de coter dans leur propre monde. Elles signent cette semaine la plus forte hausse sectorielle (+7,61%) et affiche désormais un impressionnant +43% depuis le début de l’année. Les revenus explosent, portés par un environnement international favorable aux métaux, et la Bourse amplifie le mouvement. Managem franchit d’ailleurs un cap symbolique avec une capitalisation qui atteint 100 milliards de dirhams, rejoignant le cercle très restreint des poids lourds à neuf chiffres. Une trajectoire qui change clairement la cartographie sectorielle de la cote.
Côté flux, la semaine reste active sans être exceptionnelle avec plus de 1,6 milliard de dirhams échangés, essentiellement sur le marché central. Attijariwafa bank (8,95%), SGTM (8,22%) et Marsa Maroc (7,14%) concentrent l’essentiel des volumes. Notons que près de la moitié des transactions hebdomadaires ont été réalisées lors de la séance de clôture, à la fois hebdomadaire et mensuelle. Les ajustements de fin de période ont pesé.
Et comme si la clôture mensuelle ne suffisait pas, le week-end a rajouté un élément que les marchés détestent: l’inconnu géopolitique.
La guerre ouverte entre les États-Unis, Israël et l’Iran a éclaté. Les signaux s’accumulaient déjà depuis plusieurs jours avec les regroupements militaires américains dans la région. L’assassinat du guide suprême iranien dans la nuit de samedi marque un basculement. Ce n’est plus une tension latente, c’est un conflit déclaré.
Les marchés mondiaux, déjà éprouvés cette année par la séquence tarifaire américaine et la correction brutale des valeurs technologiques, pourraient entrer dans une phase de forte volatilité. Le pétrole sera le premier baromètre. Toute tension sur l’offre au Moyen-Orient se traduira immédiatement sur les prix. Les devises refuges, comme le franc suisse, et l’or devraient rester sous pression haussière.
La Bourse de Casablanca ne vivra pas en vase clos. Même si son exposition directe est limitée, l’effet psychologique et le canal énergétique joueront. La réaction de lundi sera d’abord une affaire de sentiment global: risk-on/risk-off, pétrole, dollar, refuge… et seulement ensuite, de micro. En attendant, les opérateurs profitent du week-end pour digérer les publications tombées en rafale et regarder les derniers développements au Moyen-Orient.
Au final, le mois de mars s’ouvre avec plus d’incertitudes que prévu. Sur le plan local, les fondamentaux restent globalement solides. Mais le marché, lui, n’évolue jamais dans un cadre strictement domestique.
Y.S