Il y a encore quelques semaines, au début du mois de septembre, le MASI évoluait allègrement au-dessus des 19.000 points et les débats portaient largement sur l’altitude des valorisations. Un mois plus tard, la réalité a changé de visage. Installé sous les 17.000 points, le marché a abandonné près de 6% en l’espace de deux semaines, prolongeant un reflux déjà bien entamé.
À 16.797,10 points (-2,93% sur la semaine), la cote accuse désormais un repli annuel de 10,87%, un décrochage encore plus brutal pour le MASI 20, qui perd 18,15% depuis janvier. Et depuis un mois exactement, le MASI a abandonné plus de … 2000 points.
La semaine a offert un condensé de frustration pour les acheteurs. L’illusion a failli fonctionner puisqu’après cinq séances de recul, la cote avait presque retrouvé des couleurs mercredi matin, le MASI grimpant jusqu’à 2,05% pour atteindre 17.235 points. Mais l’éclaircie n’aura duré que quelques heures. À la clôture, l’avance se limitait à 0,58%. Dès jeudi, les vendeurs reprenaient le contrôle avec une correction de 1,42%, effaçant ce gain, tandis que le timide sursaut de vendredi (+0,29%) laissait le marché loin de ses niveaux de mercredi.
Les supports cèdent les uns après les autres. Après les 17.600-17.625 points, la zone des 16.850-16.900 points a cédé en clôture. Le plus bas de mardi, à 16.640,81 points, constitue désormais un premier repère à surveiller, sans pouvoir encore être considéré comme un plancher confirmé.
Cette séquence baissière a été également accompagnée par la contraction progressive des échanges. De 348,3 MDH mardi, les volumes sont revenus à 244 MDH mercredi, puis à 195,6 MDH jeudi et 133,8 MDH vendredi, à peine davantage que les 129 MDH du lundi.
Cette anémie des transactions prive les velléités de hausse de relief. Sans carburant, un rebond meurt en route. Pour les acheteurs, la difficulté demeure de trouver du relais.
Comment expliquer ce passage à vide alors que les bénéfices des sociétés cotées continuent de progresser ? Selon la dernière note Strategy de BKGR, cette glissade traduit une remontée de l’aversion au risque. Les investisseurs font face à un cocktail pesant avec au menu des tensions sur les rendements obligataires, des incertitudes géopolitiques et énergétiques, et des prises de bénéfices après plusieurs années d’appréciation.
Le tableau financier demeure néanmoins globalement bien orienté. Sur le périmètre suivi par BKGR, la capacité bénéficiaire semestrielle a grimpé de 12,9% à 29,6 milliards de dirhams. Cette croissance doit toutefois être nuancée puisqu’après neutralisation de la rétrocession exceptionnelle de Maroc Telecom et exclusion des minières, la progression du résultat net part du groupe ressort à 4,3%.
Il faut dire que la baisse commence à redessiner du potentiel sur le papier. Dans son guide d’octobre, CFG Bank fait ressortir des potentiels de hausse de 48% sur Akdital, 40% sur Mutandis et 35% sur BCP, calculés aux cours de référence retenus dans le document. Ces écarts aux objectifs ne correspondent donc pas nécessairement aux cours de clôture de vendredi.
Mais la semaine a rappelé qu’une progression des bénéfices et des cours en baisse ne suffisent pas à relancer les achats. BKGR met notamment en avant trois facteurs susceptibles de soutenir une reprise : la détente des taux longs, l’apaisement du contexte géopolitique et la confirmation des perspectives bénéficiaires au second semestre.
Le Trésor garde les coudées franches
Pendant que la Bourse cherche ses repères, le Trésor dispose d’une marge de manœuvre appréciable. Lors de sa dernière adjudication, il n’a retenu aucune offre malgré 4,88 milliards de dirhams de soumissions, dans la foulée d’une levée symbolique de 100 MDH la semaine précédente.
BKGR relève un encours quotidien maximal de placements monétaires de 19,3 milliards de dirhams, vraisemblablement alimenté par les acomptes d’IS de fin septembre. Cette trésorerie devrait lui permettre d’aborder plus sereinement les échéances d’octobre, estimées à 14,61 milliards de dirhams en capital et 1,94 milliard de coupons, tout en restant sélectif dans ses levées.
Sur le secondaire, la détente allant jusqu’à 11 points de base sur le moyen et le long terme, relevée par AGR, concernait la semaine précédente. Pour les prochaines séances, BKGR envisage une relative stabilité de ces maturités, tandis que des tensions pourraient persister sur le court terme.
Les arguments de valorisation se renforcent sur certains dossiers, mais le marché termine encore la semaine sous son support, avec des échanges réduits. Mercredi, le MASI avait atteint 17.235 points. Vendredi, il clôturait près de 438 points plus bas. Les acheteurs ont tenté leur chance mais n’ont pas conservé leurs gains.