Wall Street est attendue en légère hausse et les Bourses européennes reculent jeudi à mi-séance, sous l'effet de l'aggravation des tensions sur le compartiment obligataire, qui ont propulsé les rendements de la dette souveraine à de nouveaux sommets en début de journée et accentué la volatilité des actions.
Les futures sur indices new-yorkais signalent une ouverture stable pour le Dow Jones (+0,03%), et en hausse de 0,18% pour le Standard & Poor's-500 et de 0,46% pour le Nasdaq.
À Paris, le CAC 40 perd 0,89% à 7.893,57 points vers 11h28 GMT. À Francfort, le Dax recule de 0,30% et à Londres, le FTSE 100 cède 1,23%.
L'indice EuroStoxx 50 perd 0,65%, le FTSEurofirst 300 cède 0,76% et le Stoxx 600 abandonne 0,78%.
Les marchés d'actions font à nouveau les frais de la flambée des rendements obligataires à l'échelle mondiale, une situation qui s'explique par le niveau élevé de la dette publique et l'accélération de l'inflation liée au conflit au Moyen-Orient, qui laisse entrevoir un resserrement certain des coûts d'emprunt.
En France, la séance est particulièrement agitée, le gouvernement ayant présenté jeudi un projet de budget 2027 incluant de nouvelles économies massives à hauteur de 43 milliards d'euros, qui passera en particulier par des économies sur les retraites (5,5 milliards d'euros) et sur les salaires des fonctionnaires, ainsi que sur le budget des collectivités locales et les dépenses de santé.
Avec la présentation de ce projet, tous les regards se tournent vers des débats parlementaires à l'issue incertaine, à un moment où les signaux d'alerte concernant la santé des finances publiques de la deuxième économie de la zone euro se multiplient.
Le rendement de l'OAT à dix ans a atteint jeudi son plus haut niveau depuis 2002 dans la matinée, à 4,9629%. Le mouvement s'est estompé depuis, mais le contexte budgétaire tendu ne laisse pas présager d'une accalmie durable.
L'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à 10 ans, qui permet de mesurer la prime exigée par les investisseurs pour détenir la dette française par rapport à celle de Berlin, a touché jeudi les 133 points de base (pdb), un pic jamais vu depuis mai 2012.
Le ministre français de l'Economie, Roland Lescure, a toutefois tenté de rassurer jeudi lors de la présentation du budget, soulignant que la flambée des rendements était généralisée et que les obligations d'État continuaient de susciter l'intérêt des investisseurs.
"Évidemment, les taux sont élevés, plus qu'ils ne l'étaient il y a un an, mais les le papier français, comme on dit, se vend bien, la signature de la France est solide", a-t-il dit lors du compte-rendu qui a suivi le conseil de ministres jeudi.
Les analystes mettent pour leur part en garde contre le risque que le manque de confiance des investisseurs dans l'économie française devienne durable.
"Lorsqu'un risque devient suffisamment persistant, il finit par ne plus être considéré comme un événement mais comme une caractéristique... car à partir du moment où les investisseurs commencent à intégrer structurellement une prime de risque française dans leurs décisions, celle-ci peut se diffuser bien au-delà de la dette souveraine", souligne Fidel Martin, président du cabinet Exoé.
Les tensions sur le marché obligataire sont toutefois loin d'être un problème exclusivement français: le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans, qui sert de référence à l'échelle mondiale, a atteint 5,34%, son plus haut niveau depuis 2002, tandis que celui du Gilt britannique à 30 ans a dépassé ce jeudi les 6%, son plus haut niveau depuis 1998.
Les craintes inflationnistes restent vives des deux côtés de l'Atlantique. Les prix ont augmenté bien plus que prévu en septembre dans plusieurs des principales économies de la zone euro, de la France à l'Allemagne en passant par l'Italie et par l'Espagne, portée par l'impact de la guerre en Iran sur les prix de l'énergie, ce qui accentue la pression sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu'elle relève à nouveau ses taux d'intérêt.
Avec Reuters