Les pays en développement ont tout intérêt à parier rapidement sur l'intelligence artificielle (IA) afin de renforcer une croissance dans l'ensemble décevante s'ils ne veulent pas se retrouver encore plus en retard, a estimé la Banque mondiale (BM) dans un rapport publié mardi.
Selon l'institution, l'IA pourrait "permettre aux pays en développement de réaliser en une décennie ce qui aurait autrement pris un siècle".
Mais les gouvernements devront agir rapidement pour renforcer leurs réseaux énergétiques, leur connectivité, la qualité de leur main d'oeuvre et renforcer leurs institutions.
Il n'est pas nécessaire que les pays parient sur les modèles d'IA les plus développés, tels que Claude d'Anthropic ou ChatGPT d'OpenAI, le recours à des modèles simples et moins onéreux se révélant plus adapté à leurs besoins et plus rapide à déployer.
Ces modèles peuvent apporter de meilleurs services médicaux, juridiques ou d'éducation, et aider à développer l'agriculture de manière accessible pour des millions de personnes
Afin d'y parvenir, la Banque conseille aux Etats de mettre en place un plan en trois étapes, en adoptant rapidement les outils disponibles, avant de les adapter à leurs besoins spécifiques puis, avec le temps, de rapprocher des modèles les plus haut de gamme.
La fenêtre pour y parvenir est mince, l'IA représente l'opportunité d'une vie pour ces pays de résoudre enfin des problèmes qui n'ont pas trouvé de solutions depuis des décennies
Les efforts sont importants avant d'y parvenir, alors que de nombreux pays ne disposent toujours pas d'un accès généralisé à l'électricité ou à une connexion internet fiable, sans compter l'absence de marchés financiers locaux, nécessaires pour financer une telle adaptation.
Mais, "sans une action volontaire, l'IA risque d'ouvrir encore plus le fossé entre les pays, augmenter les inégalités dans chaque pays et concentrer la puissance de marché" entre les mains de quelques-uns, prévient la BM.
Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a présenté parmi les objectifs de l'institution durant son mandat, l'accès à l'électricité pour 300 millions de personnes d'ici à 2030.
La Banque reconnaît en parallèle que l'IA aura bien un impact négatif sur l'emploi, même dans les pays en développement, mais cet effet sera nettement moins marqué que dans les économies avancées.
Ainsi le rapport estime que 4,5% des emplois des pays à revenus faibles ou médians sont sous la menace de l'IA, contre 14,2% dans les pays les plus riches.
A l'inverse, plus de 16% des emplois pourraient voir leur productivité profiter de l'IA dans les pays en développement, un niveau assez proche de celui attendu dans les pays les plus riches, autour de 18.
Il n'en reste pas moins que l'adoption de l'IA est vue par la BM comme essentielle pour les pays en développement face à une croissance qui perd en rythme.
Parmi les raisons, la répétition des chocs depuis la pandémie de Covid-19 comme les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient qui ont forcé les pays, en particulier les moins avancés, à tenter de trouver une réponse à la hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation.