L'intensification des hostilités au Moyen-Orient met en lumière une réalité stratégique que les gouvernements de la région ont longtemps cherché à atténuer. L'Iran et ses alliés régionaux ont conduit au moins 135 attaques ciblées à l'aide de drones et de missiles contre 84 sites d'infrastructures critiques à travers l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, l'Oman, l'Irak et Bahreïn. Loin des dégâts collatéraux souvent invoqués par les autorités locales qui attribuent les destructions à de simples chutes de débris, ces frappes se caractérisent par une précision chirurgicale et une connaissance approfondie des points névralgiques de l'économie du Golfe.
Les installations pétrolières et gazières payent le tribut le plus lourd de cette campagne d'usure. Le port de Fujaïrah aux Émirats arabes unis, vital pour l'exportation de brut en dehors du détroit d'Ormuz, a ainsi été touché à de multiples reprises, endommageant gravement ses réservoirs de carburant et ses collecteurs de pipelines. De même, au Qatar, l'usine de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan a subi des dommages majeurs au niveau de ses équipements de liquéfaction ultra-sensibles, menaçant durablement une part substantielle des flux mondiaux de GNL. D'autres infrastructures vitales, telles que les usines de dessalement et de production d'électricité au Koweït ou encore les raffineries saoudiennes, ont également été ciblées pour paralyser les chaînes d'approvisionnement et faire flamber les cours mondiaux de l'énergie.
Face à ces menaces et à l'impact psychologique sur les marchés financiers, plusieurs États de la région ont renforcé le contrôle de l'information en interdisant la diffusion non autorisée de photographies ou de vidéos des sites touchés, qualifiant souvent ces reportages de propagation de fausses rumeurs. Cette stratégie de dissimulation vise à préserver la stabilité économique et à maintenir l'illusion d'une défense aérienne infaillible, alors même que les experts estiment que ces frappes ciblées procurent à Téhéran un levier géopolitique considérable dans les négociations internationales et face à la pression militaire américaine.