La semaine dernière, les Etats-Unis ont failli devenir, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un exportateur net de pétrole brut, ses livraisons de brut ayant atteint un niveau proche de leur record historique face à la forte demande en provenance de l'Asie et de l'Europe sur fond de perturbations des approvisionnements venant du Moyen-Orient.
La guerre israélo-américaine contre l'Iran, déclenchée le 28 févier, a provoqué la plus importante perturbation jamais enregistrée sur le marché mondial de l'énergie. Le blocage de facto exercé par Téhéran sur le détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz dans le monde, bouleverse l'économie.
Les raffineurs d'Asie et d'Europe, qui dépendent de ces approvisionnements, ont acheté des cargaisons de substitution partout où ils le pouvaient, ce qui a fortement stimulé la demande de pétrole en provenance des Etats-Unis, premier producteur mondial de brut.
Les Etats-Unis sont cependant désormais proches de leur seuil limite en termes d'exportation, selon des analystes et des traders.
Les importations nettes de pétrole brut, c'est-à-dire la différence entre les importations et les exportations, se sont réduites à 66.000 barils par jour la semaine dernière, le niveau le plus bas jamais enregistré dans les données hebdomadaires remontant à 2001, montrent les données de l'administration américaine, publiées mercredi. Les exportations de leur côté ont grimpé à 5,2 millions de barils par jour, leur niveau le plus élevé en sept mois.
Sur une base annuelle, les Etats-Unis ont été pour la dernière fois exportateurs nets de pétrole brut en 1943, selon les données.
La hausse des exportations américaines de brut montre que les acheteurs du bassin Atlantique et d'Asie s'approvisionnent de plus en plus loin, explique Janiv Shah, vice-président des marchés pétroliers chez Rystad.
Des pays comme la Grèce se sont rués sur le brut américain pour la première fois de leur histoire ces derniers mois.
Selon le service de suivi des navires Kpler, environ 2,4 millions de barils par jour, soit quelque 47% des exportations américaines de la semaine dernière, ont transité par la mer en direction de l'Europe. Environ 1,49 million de barils par jour, soit environ 37%, se sont orientés vers l'Asie, contre 30% il y a un an.
Parmi les principaux acheteurs figuraient les Pays-Bas, le Japon, la France, l'Allemagne et la Corée du Sud.
Un navire transportant 500.000 barils de brut a signalé qu'il faisait route vers la Turquie, ce qui serait la toute première exportation américaine vers ce pays depuis au moins un an, selon les données de Kpler.
LA FLAMBÉE DU BRENT REND LE PÉTROLE US ATTRACTIF
Les importations vers les Etats-Unis, quant à elles, ont chuté de plus d'un million de barils par jour, pour s'établir à 5,3 millions de barils par jour la semaine dernière. Les Etats-Unis importent toujours une grande partie de leur pétrole brut, car leurs raffineries sont conçues pour traiter un pétrole plus lourd que le brut léger qu'ils produisent.
La perturbation des approvisionnements au Moyen-Orient a fait grimper le mois dernier la prime des contrats à terme sur le Brent comparativement au brut léger américain, dit West Texas Intermediate (WTI), l'écart ayant atteint à un stade 20,69 dollars le baril. Cela a réduit l'appétit des acheteurs américains pour les importations, tout en rendant le brut américain attractif pour les raffineurs d'Europe et d'Asie.
Le prix des cargaisons physiques de pétrole brut destinées à une livraison immédiate en Europe a atteint lundi un niveau record, proche de 150 dollars le baril, et celles destinées à l'Afrique ont atteint de nouveaux sommets, selon des traders et les données de LSEG.
Avec reuters