Avec près de 1,5 milliard de DH de commandes, la filiale de Jet Contractors vient chercher en Bourse les moyens de poursuivre sa croissance. Le management mise sur les programmes solaires marocains et prépare son développement dans le stockage, dont les revenus futurs ne figurent pas dans le business plan présenté. Retour sur les principaux enseignements de l'IPO et notre lecture de l’opération.
En 2012, Jet Energy démarrait dans un marché solaire marocain encore peu développé. Quatorze ans plus tard, l’entreprise a participé à la réalisation de plus de 330 MWc de capacités photovoltaïques et intervient sur des installations de stockage par batteries. Entre les premiers projets et les grandes centrales construites pour OCP, les références se sont accumulées. Les besoins financiers ont suivi puisque prendre en charge des chantiers plus importants exige de préfinancer les équipements, de mobiliser des équipes et de fournir des garanties.
C’est pour accompagner cette évolution que la filiale de Jet Contractors prépare une augmentation de capital comprise entre 328,1 et 375,4 millions de DH. Présentée ce jeudi 22 octobre à la Bourse de Casablanca, l’opération ne comporte aucune cession d’actions existantes. Son produit reviendra intégralement à l’entreprise.
Le contexte sectoriel occupe une place importante dans l’argumentaire du management. Mohammed Yahya Zniber, président du Conseil d’administration, décrit une demande d’électricité alimentée par les nouvelles capacités industrielles, le dessalement et les centres de données, auxquels s’ajoutent les infrastructures en préparation à l’horizon 2030. Pour répondre à ces besoins, les programmes énergétiques doivent désormais se traduire en chantiers.
«Ces centrales-là, il va falloir les déployer et les construire», résume Ismail Tadlaoui, directeur général de Jet Energy. L’entreprise intervient de l’ingénierie à la mise en service, puis dans l’exploitation et la maintenance. Elle réalise également les installations électriques de grands ouvrages, notamment des aéroports et des hôpitaux.
Cette distinction entre constructeur et producteur d’électricité a d’ailleurs été précisée pendant les échanges. Questionnée sur une éventuelle concurrence avec Taqa Morocco, la direction y voit une possibilité de contrats : «C’est un développeur. C’est un client pour nous, un partenaire client.» L’expansion des énergéticiens peut ainsi alimenter l’activité de Jet Energy.
Des commandes déjà signées, une croissance encore à réaliser
À fin juin 2026, le carnet de commandes atteint 1,492 milliard de DH, soit 4,4 fois le chiffre d’affaires de 2025. Il se répartit entre le photovoltaïque, pour 844,5 MDH, les infrastructures électriques, pour 584 MDH, et l’exploitation-maintenance, pour 63,5 MDH. Ces contrats fermes servent de base aux projections de 2026, de 2027 et d’une partie de 2028.
Le changement de dimension apparaît dans les prévisions financières. Après 339,6 MDH en 2025, le chiffre d’affaires est attendu à 547 MDH en 2026, puis à 780 MDH en 2027. Le résultat net passerait de 71,4 MDH en 2025 à respectivement 93 et 133 MDH. À l’horizon 2030, le business plan prévoit 1,165 milliard de DH de revenus et 191 MDH de bénéfice net.
Le management qualifie ses hypothèses de prudentes, notamment parce que plusieurs activités en développement n’y sont pas intégrées. La trajectoire reste néanmoins soutenue, avec une croissance annuelle moyenne du chiffre d’affaires de 21% entre 2026 et 2030.
Pour l’étayer, Jet Energy s’appuie sur un marché solaire estimé par ses dirigeants à environ 36 milliards de DH d’ici 2030. Cette estimation correspond à 6,5 GW de capacités annoncées dans les programmes publics, les projets privés et l’autoproduction. Elle représente un marché à adresser, dont les contrats devront être remportés au fil des consultations.
Le stockage pourrait apporter des revenus supplémentaires
Sur ce point, le discours du directeur général est particulièrement appuyé. Jet Energy a réalisé une installation de stockage de 125 MWh à Benguerir et participe à d’autres appels d’offres. Les revenus futurs de ce développement n’ont pourtant pas été retenus dans le business plan présenté aux investisseurs.
«Il y a d’autres projets, des appels d’offres qui sont déjà sortis et auxquels nous participons actuellement», indique Ismail Tadlaoui. La présentation recense plus de 6 GWh de capacités de stockage annoncées à l’horizon 2030, notamment dans les programmes de l’ONEE, de Masen et d’OCP.
Les batteries permettent de restituer l’électricité à un autre moment que celui de sa production. Leur utilisation peut accompagner une centrale solaire, mais aussi d’autres installations de production ou des postes électriques. Pour Jet Energy, le marché dépasse donc ses seuls projets photovoltaïques.
L’expansion en Afrique de l’Ouest et l’ouverture de l’activité électrique à des clients extérieurs au groupe Jet Contractors constituent deux autres sources de croissance non intégrées aux projections. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Bénin figurent parmi les destinations visées. Le management envisage notamment de s’appuyer sur les implantations du groupe pour y développer des projets de plus grande taille.
Financer les chantiers, renforcer les moyens de construction
Les fonds levés doivent répondre à des besoins assez concrets. La note d’opération prévoit environ 175 MDH pour la croissance de l’activité de construction de centrales, comprenant le préfinancement des chantiers et le renforcement des moyens logistiques. Cette enveloppe pourra également financer des participations minoritaires dans certains actifs énergétiques, afin de faciliter l’obtention de contrats EPC.
Environ 130 MDH sont prévus pour l’intégration verticale, notamment les structures métalliques, les trackers et les équipements spécialisés. L’expansion internationale mobiliserait quelque 70 MDH. Ces enveloppes indicatives seront ajustées proportionnellement au montant définitif de la levée.
Interrogé sur l’intérêt de réaliser davantage de prestations en interne, Ismail Tadlaoui invoque d’abord les délais des contrats. «Les projets, en général, c’est entre un an et un an et demi maximum», explique-t-il. Disposer de ses propres équipes et équipements doit permettre de mieux organiser les interventions et de maîtriser les coûts.
L’entreprise affiche une marge d’EBITDA proche de 29% en 2025. Le business plan retient un niveau comparable en 2026 et 2027, puis une baisse progressive vers 26% en 2030. La hausse des résultats attendue repose donc principalement sur les volumes d’activité.
La disponibilité des équipes a aussi été abordée, dans un contexte de multiplication des grands chantiers au Maroc. «Nous réalisons à peu près une quarantaine de projets en parallèle qui sont tous bien staffés», répond le management. Certains sites peuvent mobiliser 400 à 500 personnes. La direction reconnaît des tensions ponctuelles, qu’elle estime pouvoir gérer, et annonce un turnover de 3,2% en 2026.
Sur les approvisionnements, elle assure que les livraisons de panneaux, de trackers et d’onduleurs destinées aux projets en cours ont été reçues dans les délais. Pour les nouveaux contrats, les éventuelles hausses de coûts seront intégrées aux offres commerciales.
Une décote annoncée de 14 à 26%
La souscription s’effectuera selon une offre à prix ouvert, dans une fourchette de 125 à 143 DH par action. Celle-ci correspond à une valorisation de Jet Energy comprise entre 1,313 et 1,502 milliard de DH avant l’augmentation de capital.
Red Med Corporate Finance, conseiller financier, a retenu deux méthodes d’évaluation. L’actualisation des flux de trésorerie aboutit à 170 DH par action. La référence transactionnelle, fondée sur une opération réalisée sur le capital de Jet Contractors en 2025, donne 167 DH. Selon le prix définitif et la méthode retenue, la décote d’introduction ressort ainsi entre environ 14 et 26%.
Ali Ait Mansour, directeur général de Red Med Corporate Finance met en avant un taux d’actualisation de 10,53%, une croissance à l’infini de 2% et l’absence de plusieurs développements potentiels dans les projections. Interrogés sur le prix proposé, les intervenants évoquent également la volonté de partager la croissance future avec les nouveaux actionnaires.
Les multiples présentés sont calculés sur une base pré-money. Le PER se situe entre 14,1 et 16,2 fois les bénéfices estimés de 2026, puis entre 9,9 et 11,3 fois ceux prévus pour 2027. Le multiple de valeur d’entreprise sur EBITDA passe de 8,3-9,4 fois en 2026 à 5,8-6,7 fois en 2027.
La différence entre les deux exercices est importante : les ratios les plus bas supposent la réalisation de la croissance prévue en 2027. Quant à la décote annoncée, elle mesure l’écart avec les évaluations du conseiller, elles-mêmes dépendantes des hypothèses du business plan.
Les souscriptions seront ouvertes du 2 au 5 novembre pour 2.625.000 actions nouvelles, représentant 20% du capital après l’opération. Le prix et l’allocation sont attendus le 11 novembre, avant une première cotation prévue le 16 novembre.
L’avis de la rédaction
Jet Energy offre une exposition au développement des infrastructures énergétiques marocaines par le métier de constructeur. Ses références et son carnet de commandes permettent d’apprécier le dossier au-delà des seules perspectives sectorielles. L’augmentation de capital doit lui donner davantage de moyens pour exécuter ces contrats et répondre aux consultations suivantes.
Les atouts du dossier
Les points à surveiller
Les éléments à retenir
Y. Seddik