Ajustements tarifaires automobiles sur quatre ans, suppression de l’attestation papier visée en juillet 2027, réforme de l’accès au métier d’intermédiaire : la rencontre annuelle de la FNACAM a permis de préciser plusieurs chantiers du secteur. Sur la bascule vers la CNSS, les professionnels demandent du temps pour accompagner leurs clients et développer les couvertures complémentaires.
Les tarifs automobiles vont évoluer, le papier doit disparaître et les conditions d’accès au métier d’intermédiaire sont en cours de révision. Réunis le 8 octobre pour la 10e rencontre annuelle de la FNACAM, les dirigeants de l’assurance ont détaillé plusieurs changements qui concernent autant les assurés que les réseaux de distribution. Avec, en parallèle, un dossier sensible pour les compagnies et leurs partenaires : le transfert vers la CNSS des couvertures maladie concernées par la généralisation de l’AMO.
Le secteur aborde ces transformations après une décennie de croissance. Selon les chiffres présentés par Farid Bensaid, président de la FNACAM, son chiffre d’affaires a atteint 64,1 milliards de dirhams en 2025. Cette progression ne suffit toutefois pas à conforter l’ensemble des intermédiaires. Une grande partie du réseau reste constituée de petites structures, fortement dépendantes de l’automobile et attentives à l’évolution de leurs commissions.
Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine de l’assurance (FMA), a confirmé que la révision du barème d’indemnisation des dommages corporels entraîne des ajustements tarifaires. Cette évolution a déjà commencé et doit se poursuivre au cours des quatre prochaines années. Aucun taux de hausse des primes n’a été précisé.
Un second chantier concerne la manière de tarifer la responsabilité civile automobile. Les travaux engagés avec l’ACAPS doivent permettre de mieux différencier les primes selon les profils de risque. Les meilleurs risques pourront bénéficier de conditions plus favorables, tandis que les moins bons devront être tarifés en conséquence, a expliqué le président de la FMA.
Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS, a précisé que les critères de tarification avaient été élargis sur la base d’études actuarielles approfondies. L’objectif est de rapprocher davantage le prix de la couverture du risque assuré. La mise en œuvre sera néanmoins plus complexe que le principe, a relevé Bensalah.
L’automobile concentre également l’une des échéances les plus précises annoncées lors de la rencontre : la suppression du support physique de l’attestation d’assurance est visée au 1er juillet 2027. Une phase pilote intégrant un QR code a démarré le 1er juillet 2026.
Selon Chaffai, une solution technique a été déployée auprès des compagnies, de la Direction générale de la sûreté nationale et de la Gendarmerie royale. Les agents disposent désormais de terminaux mobiles pour lire le QR code et contrôler la situation d’assurance des véhicules. Le dispositif doit aussi permettre aux assurés de vérifier à tout moment la validité de leur couverture.
La refonte du Livre IV du Code des assurances a franchi une nouvelle étape. Le projet est en discussion au Secrétariat général du gouvernement, après présentation de ses grandes orientations au Conseil de la concurrence, a annoncé le président de l’ACAPS.
Parmi les dispositions exposées figure la suppression de l’exigence de licence universitaire et de l’examen professionnel pour accéder au métier d’intermédiaire. Ces mesures, encore au stade de projet, s’inscrivent dans une réforme qui prévoit également de renforcer les compétences des distributeurs, l’information des assurés et le devoir de conseil.
Le texte doit aussi ouvrir davantage la distribution à l’innovation. Un dispositif d’expérimentation réglementaire permettrait à l’ACAPS d’appliquer temporairement des dispositions spécifiques pour tester de nouvelles technologies et de nouveaux services. Un cadre dédié à l’assurance affinitaire est également prévu.
Pour les agents, l’évolution du modèle économique reste étroitement liée à leur dépendance à l’automobile. Selon les données présentées par Chaffai, cette branche représente 75% de leur portefeuille, et ils en assurent 56% de la distribution. Le développement d’autres couvertures constitue donc un enjeu commercial majeur pour ce réseau.
Farid Bensaid a rappelé que le marché compte 2.154 intermédiaires, dont 1.624 agents et 530 courtiers. Selon les chiffres qu’il a présentés, 68% des agents perçoivent moins d’un million de dirhams de commissions annuelles. Le président de la FNACAM a renouvelé sa demande de revalorisation du commissionnement, en invoquant notamment l’augmentation des coûts supportés par les professionnels.
Il a également évoqué l’effet de la retenue à la source sur leur trésorerie et les démarches menées auprès de la Direction générale des impôts. Aucun aménagement nouveau n’a été annoncé sur ce point.
Le dossier de l’assurance maladie cristallise une autre inquiétude : la capacité du réseau à préparer les entreprises et leurs salariés au changement de couverture. Farid Bensaid estime que les intermédiaires ont besoin d’au moins deux ans pour accompagner leurs clients. Il s’agit d’une demande de la profession, aucun délai définitif de transition n’ayant été annoncé lors des interventions.
Les échanges consacrés à ce dossier ont insisté sur la continuité de la protection des bénéficiaires et sur les équilibres financiers à préserver. Le calendrier de la bascule reste à préciser.
Pour la FMA, le transfert doit aussi conduire les assureurs à développer les activités susceptibles de prendre le relais. Bensalah a appelé à renforcer fortement la complémentaire santé ainsi que les garanties décès et invalidité. Il a également évoqué les passerelles à établir avec la CNSS pour faciliter le parcours d’indemnisation.
«Ne regardons pas uniquement les primes que nous allons perdre. Regardons aussi le marché que nous pouvons construire», a déclaré le président de la FMA. Les compagnies et leurs intermédiaires devront adapter leurs offres à cette nouvelle articulation entre couverture obligatoire et protection complémentaire.
Au-delà de ces réformes, l’ACAPS et les professionnels cherchent à élargir la clientèle de l’assurance. La prime moyenne par habitant est passée de 893 dirhams en 2015 à 1.715 dirhams en 2025, soit une hausse de 92%, a indiqué Chaffai. Le potentiel demeure important auprès des populations et des entreprises encore insuffisamment couvertes.
Une réflexion menée avec les acteurs du marché a permis d’identifier une vingtaine de leviers de développement. Une première série de chantiers est entrée en phase de mise en œuvre en septembre 2026. Elle porte notamment sur l’adaptation des offres aux populations peu assurées, l’amélioration de la qualité de service, de nouveaux dispositifs de traitement des réclamations, le renforcement des compétences et une meilleure utilisation des données.
Bensalah a cité plusieurs pistes : l’élargissement de certaines assurances obligatoires, la micro-assurance, l’assurance affinitaire et l’assurance intégrée. Aucune nouvelle obligation précise n’a été annoncée à ce stade. Le président de la FMA a surtout appelé à prospecter davantage les TPE, les PME et les travailleurs indépendants, plutôt qu’à concentrer les efforts commerciaux sur les mêmes clients.
Cette ambition suppose également de réduire le poids des tâches administratives et de sécuriser les flux financiers. Le paiement multicanal se déploie progressivement dans les compagnies pour limiter les retards et les impayés, a indiqué Bensalah.
Sur les créances entre assureurs et intermédiaires, Chaffai a rappelé le cadre instauré par l’instruction de décembre 2024 : un rapprochement semestriel et une validation des situations doivent permettre d’identifier et de formaliser les écarts. Des rencontres de sensibilisation ont été organisées dans plusieurs régions pour accompagner l’application de cette procédure.